Versos French Gabriele D'Annunzio De Saint Sebastien

French poem

De Saint Sebastien

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LE MESSAGER commence:

Le Dieu qui fict le firmement Et volsist naistre purement De la noble Virge Marie Veuillie garder la compagnie.

Au Nom de Dieu omnipotent Et des martyrs ensemblement Entrepris auons le mistayre Du pieux chiuallier debonayre De saincte vie et bon maintien Qui fust vray martir sans le tayre Cest Monsieur Sainct Sebastien Duquel par son tressaint moyen Verres jouer en ceste place De sa vie tout lentretien Moyen de Jesuschrist la grace.

L'YSTOIRE DE MONSEIGNEUR SAINCT SEBASTIEN jouée par les habitants Lanlevillar l'année courant M. V. LXVII au moys de may.

NVNCIVS.

Douces gens, un peu de silence!

Soyez recueillis en présence de Dieu, comme dans la prière: car vous connaîtrez, par mystère, ici la très sainte souffrance de ce Martyr adolescent qui puise à jamais sa jouvence dans la fontaine de son sang. Par les Clous, l'Éponge et la Lance, très humblement nous vous prions. Béni soit-il, qui se taira et devant lui regardera «sans faire noyse ne tensons». Entendez, douces gens, les sons qui meuvent dans vos cœurs le rêve, avant que le voile se lève sur ce rouge amour infini.

Au nom de Monseigneur Denis, au nom de Sainte Geneviève, par qui vos péchés sont bannis, («Dieu Père et Filz et Sains Esperis gart les habitans de Paris!») nous vous prions très humblement que vous vouliez, en écoutant, vous souvenir de ce Miracle où la patronne secourable de la cité, la claire vierge, voit le démon éteindre un cierge d'un côté, pendant que de l'autre l'ange sans tache le rallume. Seule, entre la mèche qui fume et celle qui ard, jusqu'à l'aube l'âme blanchit dans la prière.

L'artisan de ces cinq verrières, consacrées à Sébastien par sa Confrérie, se souvient de son démon et de son ange. Quand il colorait la louange du bel Archer avec la flamme, pour le remède de son âme, comme un maître verrier de Chartres, de Bourges, de Reims ou de Tours, parfois il voyait tour à tour l'un de ses puissants fourneaux ardre, l'autre fumer et s'obscurcir. Et il priait: «O Art de France!» sentant trembler son espérance dans le souffle de son désir. Et il rêvait: «Si j'ai le sort du pèlerin de Compostelle, si l'on me pend ou m'écartèle, qui soutiendra mon pauvre corps de ses mains saintes pour le rendre sain et sauf à mes compagnons? Ne vaut-il pas seul, pour la grâce, le Très-Haut Amour qui engendre tous les miracles?»

Or le nom de cet ouvrier pèlerin, de ce Florentin en exil, qui bégaye en langue d'oïl comme le bon Brunet Latin, est tellement dur qu'on l'enchâsse mal dans la résille de plomb au bas du vitrail rouge et bleu. Est-il peut-être, plaise à Dieu, plus doux dans la langue du si.

Mais l'autre est Claude Debussy, qui sonne frais comme les feuilles neuves sous l'averse nouvelle dans un verger d'Ile-de-France, où des amandiers sans amandes illuminent l'herbe alentour, dans un bosquet de Saint-Germain qui se souvient de Gabrielle, du Roi faune, et de leur amour: «Cher cœur, je vous voyrré demayn...» Mais l'autre est comme ces chandelles qui s'allument sur la vielle du jongleur de Rocamadour, comme cette contrée bénigne où Brigitte mène les cygnes, Gilles trait la biche sauvage, et la haie fleurit au passage de Sainte Ulphe de Picardie. La larme, à Vendôme enchâssée, que Jésus versa sur Lazare, devient innombrable rosée dont se pare toute prairie. Du haut ciel, tournant son visage d'Espoir vers Thomas incrédule, Marie lui jette sa ceinture qui devient une mélodie.

Or c'est Claude qui la recueille sur la flûte en aile d'oiseau, sur la flûte de sept roseaux qu'il recompose et raffermit avec du lin d'aube ou d'amict puis avec des larmes de cierge pieusement il les enduit. Très douces gens, par lui, par lui, vous entendrez chanter la Vierge, qui est la couleur de l'aurore! Comme Zachée le publicain, il regarde passer Jésus de la cime d'un sycomore. Comme dans le vitrail de Tours Saint Martial, il verse l'eau vive sur les doigts du Sauveur. Comme dans le vitrail d'Angers, il laisse couler en ruisseau le sang précieux sur les fleurs. Comme Saint Sernin de Toulouse, il a vu briller le Jourdain sous les rayons de la colombe; et de la nef de Saint Brendan il a vu se dresser la Croix sur des îles d'azur sans nombre. Comme Madeleine en Provence, il mange le miel enivrant en souvenir de la Parole. Comme dans les ivoires francs, il montre la Terre et la Mer assistant le Dieu qui s'immole.

Très douces gens, sons et chansons or entendez. Nous vous prions par Saint Denis et l'Oriflamme. Puis regardez que de ciel bleu, que de sang rouge, au nom de Dieu, pour le remède de votre âme!

AMEN.