Versos French Gabriele D'Annunzio La Cour Des Lys

French poem

La Cour Des Lys

by

Listen in the reader

LES PERSONNAGES.

LE SAINT.

LA MERE DOULOUREUSE.

LES FRERES JUMEAUX MARC ET MARCELLIEN.

LES CINQ VIERGES EPIONE, FLAVIE, JUNIE, TELESILLE, CHRYSILLE.

LES QUATRE COMPAGNES DE CES VIERGES.

LES NEUF COMPAGNONS DES JUMEAUX.

THEODOTE.

LE PREFET.

SON FILS VITAL.

L'AFFRANCHI GUDDENE.

LES ARCHERS D'EMESE.

L'ARCHER AUX YEUX VAIRONS.

LA FEMME MUETTE.

LA FEMME AVEUGLE.

LE GREFFIER.

LES APPARITEURS, LES HERAUTS, LES BOURREAUX.

LES SACRIFICATEURS, LES VICTIMAIRES LES JOUEURS DE FLUTE.

LES GENTILS, LES CHRETIENS, LES JUIFS,

LES ESCLAVES.

LES SEPT SERAPHINS.

On aperçoit un portique intérieur, peint d'étranges peintures par des Gentils, avec le carmin, l'outremer et l'or, entre les bêtes de l'entablement bas et les feuillages des chapiteaux lourds, qui se mirent dans les dalles polies. Par les sept arcades du fond ouvertes sur des jardins bleus, on aperçoit de grandes gerbes de lys, dont les tiges semblent serrées en faisceau autour de la plus haute comme autour de la hache les verges des licteurs. Un autel de marbre, consacré aux Idoles, se dresse dans l'enceinte, avec ses têtes de boucs et ses guirlandes de fruits sculptées, avec ses rainures rougies par l'écoulement du sang et du vin, avec les orges, les aromates, les huiles apprêtés pour l'offrande.

Au centre, en forme de parallélogramme, une couche épaisse de charbons et de tisons couvre les dalles, semblable à ces rangées de raisins ou de figues qu'on fait cuire au soleil sur des nattes de roseau. Des appariteurs, tout autour, avec des soufflets et des barres, rallument et remuent de temps en temps la braise qui pâlit.

Les deux frères jumeaux, Marc et Marcellien, sont liés avec des cordes aux deux colonnes de la même arcade, l'un en face de l'autre. Le Préfet est assis dans son siège, sur une sorte d'estrade carrée; et près de lui se tient le greffier, avec ses tablettes enduites de cire. Devant lui sont les engins de torture, les ongles de fer, le chevalet, le carcan, les ceps, et les bourreaux. Accablé par la graisse, il halette et sue, tandis que des esclaves accroupis bercent ses pieds énormes, déformés par la podagre. Parfois, d'un mouvement de colère soudaine secouant sa somnolence, il frappe avec sa verge d'ivoire leurs dos nus.

Sébastien, revêtu d'une armure légère, appuyé sur son grand arc, regarde en silence les jeunes martyrs. Les archers d'Emèse se tiennent derrière lui, avec des pennes d'aigle à leurs casques lisses et de longs carquois couverts de peau de panthère contre leurs reins cambrés.

Une tourbe de plus en plus nombreuse et houleuse envahit le lieu de l'audience. Le chant des jumeaux domine le sourd grondement.

Attachés aux colonnes, face à face, pâles et enivrés, ils renversent la tête pour chanter vers le ciel.

CANTICVM GEMINORVM.

Magister Claudius sonum dedit.

Frère, et que sera-t-il le monde allégé de tout notre amour? Dans mon âme ton cœur est lourd comme la pierre dans la fronde.

Je le pèse; au delà de l'Ombre je le jette vers le Grand Jour. Frère, que sera-t-il le monde allégé de tout notre amour?

J'étais plus doux que la colombe, tu es plus fauve que l'autour. Toujours, jamais! Jamais, toujours! Fer ne t'effraie, feu ne me dompte. Beau Christ, que serait-il le monde allégé de tout votre amour?

LES GENTILS.

--Andronique, ils chantent leur hymne! --Ils louent leur roi supplicié! --Ils raillent ta faiblesse! --Étouffe le chant dans leur gorge! --Ils se jouent de toi, somnolent. --Ils méprisent l'édit du très saint Empereur, et leurs dents ne sont pas brisées! -- Ils louent la charogne au gibet! -- Mais, s'ils chantent, ils reconnaissent Apollon. --Qu'ils sacrifient donc au Délien. --Éveille-toi, Jule Andronique, éveille-toi! --Il dort dans sa chaire d'ivoire laissant dorloter sa podagre par ses esclaves délicats. --Sébastien, Sébastien, ami d'Auguste, sois témoin! --C'est lui qui faiblit. Ils persistent. --Il n'a pas encore versé une goutte de leur sang vil, ni même roussi leurs aisselles! --Il aime les lys et les truffes. --Mais tous ces lys nous empoisonnent. On suffoque. --Il mâche sa langue. --Non, il n'en a pas. --Il n'est pas loquace, vraiment: aujourd'hui il n'a pas mangé des cigales pour se donner de l'appétit. --Ni des têtes de perroquets non plus. --Il n'est pas foudroyant: il garde les pierres de foudre pour en saupoudrer les lentilles, à la mode d'Elagabale. --Par les Dioscures, tu aimes ces gémeaux qui n'ont pas d'étoile, Jule Andronique. --Tu les aimes, tu les aimes. --Tu les ménages. --Il ne suffit pas qu'on en fasse des colonnes caryatides pour les regarder. --Maintenant, qu'ils passent par tous les supplices --On n'a pas suivi l'ordre juste. --Au chevalet, d'abord; et puis aux fléaux garnis d'osselets; et puis au carcan et aux ceps, et jusqu'au quatrième trou... --Sébastien, Sébastien, ami d'Auguste, sois témoin! --Qu'ils sacrifient ou bien qu'ils meurent. Il est temps. --Ces entrepreneurs de jeux les réclament, après la sentence, pour les combats. --Qu'on le note sur les tablettes. --Tu n'as plus ton style, greffier? --Greffier, toi aussi, tu sommeilles. --Persée! Persée! --Est-il chrétien? --Il songe à ses ancêtres rois, au triomphe de Paul-Emile. --Qu'est-ce qu'on attend? des prodiges? Qui va venir? --Qu'ils sacrifient ou qu'ils périssent! --On sanglote. --C'est Cordule l'aveugle, c'est la femme d'Attale, qui pleure. --Elle beugle, Alcé la muette, Alcé, la femme de Venuste le dépensier. --Elles sont folles. --Je vous dis que tous ces esclaves cachent des rouleaux dans les plis de leurs saies. --Quelqu'un va venir? Le soir approche, le soir tombe. --Ne devaient-ils donc pas marcher, pieds nus, sur la braise? Il est temps. --On temporise. On contrevient à l'édit impérial. --Honte! --Le très saint Empereur t'ordonne d'être sans merci, Andronique. --Il est temps. --Les charbons s'éteignent. --Soufflez! Soufflez!