Versos French Georges Fourest Rêves de gloire

French poem

Rêves de gloire

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Moi, je voudrais que tout le monde connût ma Négresse blonde et malheureusement (je le sais) il est encore des tas de gens qui l’ignorent : malgré ce bel article de Pierre Mille je ne tire pas à quatre cent mille ; malgré la tant jolie préface de Willy je ne suis pas de ces littérateurs qui encaissent de forts droits d’auteurs.

Mon Dieu ! que je sentirais de joie si les gazettes parlaient de moi autant que de Pierre Benoît ! Mon éditeur ne voit pas la nécessité d’une intense publicité : pourtant sacré nom de nom ! si je ne braille sur tous les tons : — « J’ai beaucoup de talent ! » comment le saura-t-on ? Madame, j’aurais tant d’allégresse si vous achetiez ma Négresse ! Monsieur, je vous en dis autant : je serais vraiment si content de me vendre autant que Rostand ou (si ce vœu est trop hardi) autant du moins que Géraldy !

Je voudrais me faire connaître afin d’être appelé « cher maître » par madame Lagourde et ses amis, des messieurs très- raseurs — mais si fins lettrés, ma chère ! — et parfois même décorés. Et je voudrais que tu me lusses, boniche, petite sœur de sainte Luce, je voudrais que vous me lussiez, épiciers, calicots, clercs d’huissiers ; dût-on me traiter d’hurluberlu, en vérité, je voudrais être lu jusque dans Honolulu. Je voudrais être admiré de ma concierge, de sa fille que l’on dit vierge et de son fils qui est tourlourou je ne sais où, du côté de Châteauroux ; je voudrais qu’on trouvât mon bouquin dans les gares avec les journaux et les cigares

(le public, d’ordinaire, achète les livres offerts par la maison Hachette). Je voudrais être admiré de mes fournisseurs, du marchand de couleurs et de sa sœur qui a sur les mains des taches de rousseur et surtout de mon blanchisseur (un ostrogoth qui me rend mes chemises en loques après que je les ai mises à peine trois ou quatre fois). Et si monsieur mon tailleur disait se redressant de toute sa hauteur : « — C’est moi que j’habille Fourest, le fameux auteur ! » hein ! c’est ça qui serait flatteur ! Pensez si je m’en ferais accroire ! car enfin, n’est-ce pas ? c’est bien tout ça, la gloire ?

Qui sait ? peut-être un jour luira où tout ce monde-là m’achètera, me lira, m’admirera ! Ah ! ce jour-là qui jubilera, qui dansera, qui chantera, qui sautera plus haut que le mont Everest ? Ben ! ce sera Georges Fourest ! Pourvu qu’alors je ne sois pas mort : c’est ça qui serait un cochon de sort !