French poem
05 (FEMME, j’écris mes vers d’amour pour…)
FEMME, j’écris mes vers d’amour pour vos pareilles, Et le pâle toucher de leurs doigts effilés En murmure indistinct chuchote à leurs oreilles Le rythme suggestif des rêves exilés.
Mon poème sera comme un clavier fragile : Des arpèges d’aveux, des gammes de baisers Chanteront dans la nuit sous leur doigter agile Et l’ombre écoutera ces airs vaporisés.
Seuls des doigts enrichis par des ongles d’agate, Seules des mains de femme avec des bagues d’or Sauront faire vibrer, en plainte délicate, Ces touches d’un blanc mat comme un étang qui dort.
Qu’aucun homme ne vienne à ce piano frêle Chercher à transposer son rêve intérieur, Les cordes casseraient, car l’instrument est grêle Et ne sait que frémir dans un accord mineur.
Mais aux beaux soirs d’été des femmes languissantes, Sous l’attouchement pâle et triste de leurs mains, Entendront doucement l’écho des voix absentes Frissonner dans l’ivoire en sanglots presque humains.
Et mon clavier de vers aux musiques éteintes, Pour que l’amour leur vienne en ayant préludé, Leur ouvrira son bois fleuri d’idylles peintes Comme les clavecins du siècle décédé !