French poem
Impressions de bal
Chaque soir pour le bal elle est en robe blanche, Son corsage s’entr’ouvre avec un air coquet ; Dans ses cheveux noués par derrière une branche De lilas se détache et forme un blanc bouquet.
Elle a de longs gants noirs, très longs, comme une anglaise ; Elle rit et dès lors chacun la reconnaît, Car elle rit toujours, elle est toujours à l’aise Et gaîment elle inscrit des noms sur son carnet.
Elle aplatit sa robe et ses jupes mutines Sur le sopha de cuir où sa mère s’assied ; Elle s’assied près d’elle et ses minces bottines Montrent la petitesse exquise de son pied.
Puis voilà que le bal commence ; la musique Se fait douce en berçant les couples haletants ; Elle danse ; elle éprouve une ivresse physique À valser dans le bruit des violons chantants.
La flûte à ces accords mêle ses joyeux trilles, Et son riche éventail tenu par un ruban, — Tandis qu’elle s’évente en dansant les quadrilles — Frémit comme la queue entr’ouverte d’un paon.
Et toutes, dans l’éclat de leurs robes rosées, Passent, pleines de fougue ou pleines de langueur, Et telles qu’un bouquet lumineux de fusées Rayonnent dans la nuit pro/onde de mon cœur.