Versos French Georges Rodenbach L’Église endimanchée

French poem

L’Église endimanchée

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C’est aujourd’hui dimanche et tous les étrangers En costumes de fête, en costumes légers, Vont entendre la messe à la vieille chapelle. Les enfants des pêcheurs entrent en ribambelle Et vont s’agenouiller près du chœur, sur des bancs ; Et leurs mères, debout, en bonnets à rubans, Droites sous leur jupon et sous leur châle en pointes Les forcent à tenir leurs petites mains jointes.

Les riches sont près d’eux, entassés n’importe où ; Et l’église bientôt se remplit du froufrou Que font en balayant le pavé les toilettes. Sur les profils hâlés la blancheur des voilettes Flotte comme une extase où sont noyés les yeux. Tout ce monde à genoux est bon, croyant, joyeux !…

Voyez ! vous les railleurs ! voyez ! vous les athées !

Les dames, dans leurs mains coquettement gantées, Fidèles malgré tout aux usages anciens, Tiennent dévotement de petits Paroissiens ; Et les marins, ces forts que Dieu seul encourage Quand ils sont sur la mer et que mugit l’orage, Égrènent un rosaire entre leurs doigts calleux.

Le soleil resplendit et dans les vitraux bleus Met des tons d’or sur les cheveux des blondes vierges.

La messe se poursuit dans l’encens et les cierges Et la cloche agitée au sommet de la tour Livre son âme errante aux échos d’alentour. Comme le temple est plein, la porte est large ouverte Et là, parmi les morts couchés dans l’herbe verte, Et dont les croix de bois semblent des bras levés, Rêvent d’autres vivants séduits et captivés Par la sainte douceur des pompes catholiques.

Soudain l’orgue se tait : les voix mélancoliques Des enfants du lutrin ont suspendu leur vol ; Et tous sont maintenant à genoux sur le sol Les yeux mouillés, le cœur ouvert et l’âme en joie, À regarder au loin sur l’autel qui flamboye Le prêtre, couronné de ses longs cheveux blancs, Qui soulève l’hostie entre ses doigts tremblants !…

Vieille Religion ! on vous raille ; qu’importe ! On va criant de vous : Elle meurt ! elle est morte ! Mais moi je le sais bien qu’on vous vénère encor, Que c’est dans votre antique et merveilleux décor Que se comprend le mieux la comédie humaine ; Je sais que malgré tout c’est à vous qu’on amène Les berceaux des enfants et les cercueils des morts ; Je sais qu’en vous quittant on trouve le remords ;

Qu’on revient tôt ou tard à sa croyance ancienne Comme à ses chants d’enfance une musicienne Qui répète les airs qu’on lui chantait jadis ; Et, sans m’inquiéter des futurs paradis, Je sais qu’au plus beau jour que l’homme ait dans sa vie, Quand sa blanche épousée ingénue et ravie Lui donne tout son cœur de vierge devant Dieu, C’est grâce à vous surtout qu’elle tiendra son vœu ; Et puisqu’aujourd’hui même où ce temple est en fête Le même élan d’espoir et de foi satisfaite Fait monter tous ces cœurs avec des flots d’encens, Vieille Religion ! vous qui charmez les sens, Dût le ciel être vide et la vie éphémère, Dussent-ils caresser une folle chimère Ceux qui croient que par vous ils seront réunis, Vous les rendez heureux, et moi je vous bénis !…