Versos French Georges Rodenbach Les Humbles

French poem

Les Humbles

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Hommes ! si vous voyez une bande d’enfants, — Quand le jour qui finit et la nuit qui commence Mêlent la brise fraîche aux souffles étouffants — Si vous voyez, petits, sous l’arc du ciel immense, Ces enfants arranger un frais bouquet de fleurs, Et, vifs comme un essaim de moineaux querelleurs, Remplir le chemin morne où les chariots grondent De cris brusques, auxquels de longs échos répondent ; Si vous voyez soudain chacun se recueillir, S’approcher en tremblant, mains jointes, en prière, D’un vieux chêne penché qui semble tressaillir En portant à son tronc un petit Christ de pierre, Et si, dans l’ombre calme où le vent s’assoupit, Quand le grillon s’éveille et que s’endort l’épi, Leur chant tendre et naïf flotte à travers les branches, Hommes ! ne raillez pas ces petites voix franches !… Leur candeur en sait plus que vos calculs puissants ; Couronné d’astres d’or, Dieu songe… et les écoute… Pliez les deux genoux sur le bord de la route Et laissez vous bénir avec ces innocents !