French poem
Nocturne
Devant votre maison close dans du silence Combien je suis allé souvent, par les beaux soirs, Avec les gestes fous d’un amant qui balance Ses songes dans le vent comme des encensoirs.
Je n’avais nul espoirs de vous voir apparaître ; Dans vos rideaux à fleurs je vous savais dormant ; Mais je croyais sentir à travers la fenêtre Quelque chose de vous m’arriver par moment.
Les rangs d’arbres plissaient dans le brouillard des voiles En processionnant à l’horizon qui fuit ; Et le cortège blanc des divines étoiles Écoutait le Silence et regardait la Nuit.
À peine entendait-on en de lointaines rues Les pas lourds d’un veilleur ou l’aboiement d’un chien Et toutes ces rumeurs incessamment décrues Évoquaient un eau morte où l’on ne voit plus rien.
Et je restais longtemps, debout, sous vos croisées, Et mes yeux fatigués s’amusaient à saisir Le caprice des fleurs de fonte entre-croisées Aux dessins du balcon où montait mon désir.
Et me sachant tout près de vous dans la nuit calme, J’imaginais qu’un peu de mon âme en émoi Devait aller vers vous avec un bruit de palme Et qu’en ce moment-là vous rêveriez de moi !