French poem
Promenade « Douceur d’aller le soir, lorsque les chaumes blonds »
Douceur d’aller le soir, lorsque les chaumes blonds Flambent sur les toitures, Et qu’au milieu des blés les perches de houblons Ont des airs de mâtures.
Douceur d’aller ainsi voir les bateaux glissant Sur le fleuve aux eaux lisses, Et de laisser parler son amour commençant Par les berges complices.
Car les talus piqués de bleus myosotis Au pied de chaque saule, Les talus sont parfois si petits, si petits Qu’en marchant on se frôle.
Quel trouble de sentir le frisson, contre soi, Le frisson d’une robe Et de voir un pied fin qui, comme avec émoi, Se montre et se dérobe.
Oh ! l’heure inoubliable où le long des chemins Sans presque rien nous dire, Rien qu’à nous regarder, qu’à nous chercher les mains Et rien qu’à nous sourire,
Nous avons tous les deux, sans aveu ni serment, Subi la même envie Et, dans le soir qui meurt, rêvé naïvement Que c’était pour la vie !