Versos French Gérard de Nerval Petits châteaux de bohème

French poem

Petits châteaux de bohème

by

Listen in the reader

Ornons le vieux bahut de vieilles porcelaines Et faisons refleurir roses et marjolaines. Qu’un rideau de lampas embrasse encor ces lits Où nos jeunes amours se sont ensevelis.

Appendons au beau jour le miroir de Venise : Ne te semble-t-il pas y voir la Cydalise Respirant une fleur qu’elle avait à la main Et pressentant déjà le triste lendemain ?

Rebâtissons, ami, ce château périssable Que le souffle du monde a jeté sur le sable. Replaçons le sofa sous les tableaux flamands Et pour un jour encor relisons nos romans.

Théo, te souviens-tu de ces vertes saisons Qui s’effeuillaient si vite en ces vieilles maisons, Dont le front s’abritait sous une aile du Louvre ? Écoute, bûcheron, arreste un peu le bras ! Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas : Ne vois-tu pas le sang, lequel dégoutte à force, Des nymphes, qui vivoient dessous la dure écorce.

La matière demeure et la forme se perd ! D’où vous vient, ô Gérard ! cet air académique ? Est-ce que les beaux yeux de l’Opéra-Comique S’allumeraient ailleurs ? La reine du Sabbat, Qui, depuis deux hivers, dans vos bras se débat, Vous échapperait-elle ainsi qu’une chimère ? Et Gérard répondait : « Que la femme est amère ! »

La grenade qui s’ouvre au soleil d’Italie N’est pas si gaie encore, à mes yeux enchantés, Que ta lèvre entr’ouverte, Ô ma belle folie ! Où je bois à longs flots le vin des voluptés.