French poem
Rêverie de Charles VI
… Que de soins sur un front la main de Dieu rassemble Et donne pour racine aux fleurons du bandeau ! Pourquoi mit-il encor ce pénible fardeau Sur ma tête aux pensers sombres abandonnée, Et souffrante, et déjà de soi-même inclinée ? Moi qui n’aurais aimé, si j’avais pu choisir. Qu’une existence calme, obscure et sans désir : Une pauvre maison dans quelque bois perdue. Des tapis de lierre et de mousse tendue ; Des fleurs à cultiver, la barque d’un pêcheur. Et de la nuit sur l’eau respirer la fraîcheur ; Prier Dieu sur les monts, suivre mes rêveries Par les bois ombragés et les grandes prairies. Des collines le soir descendre le penchant, Le visage baigné des lueurs du couchant ; Quand un vent parfumé nous apporte en sa plainte Quelques sons affaiblis d’une ancienne complainte… Ôh ! ces feux du couchant, vermeils, capricieux, Montent comme un chemin splendide vers les cieux ! Il semble que Dieu dise à mon âme souffrante : « Quitte le monde impur, la foule indifférente. Suis d’un pas assuré cette route qui luit, Et viens à moi, mon fils !… et n’attends pas la nuit ! »