Versos French Guy de Maupassant (Fragment.)

French poem

(Fragment.)

by (1850–1893)

Listen in the reader

..... Tandis que devant moi, Dans la clarté douteuse où s'ébauchait sa forme, Debout sur le coteau comme un monstre vivant Dont la lune sur l'herbe étalait l'ombre énorme, Un immense moulin tournait ses bras au vent. D'où vient qu'alors je vis, comme on voit dans un songe Quelque corps effrayant qui se dresse et s'allonge Jusqu'à toucher du front le lointain firmament, Le vieux moulin grandir si démesurément Que ses bras, tournoyant avec un bruit de voiles, Tout à coup se perdaient au milieu des étoiles, Pour retomber, brillant d'une poussière d'or Qu'ils avaient dérobée aux robes des comètes? Puis, comme pour revoir leurs sublimes conquêtes, A peine descendus, ils remontaient encor.

SABBAT. (IMITÉ DE L'ALLEMAND.)

La lune traîne Ses longs rayons, Et sur les monts Et dans la plaine, Entendez-vous Ce bruit étrange? C'est la phalange Des loups-garous.

La ronde des sorcières Tourne, Tourne, Tourne, Tourne, La ronde des sorcières Tourne sur les bruyères.

Par sauts, par bonds, Viennent les gnomes; Puis les fantômes, Puis les démons; Et pour la danse Plus d'un pendu Est descendu De la potence.

Tous ces êtres hideux Tournent, Tournent, Tournent, Tournent, Tous ces êtres hideux Tournent autour des feux.

Ce sont vos fêtes, Venez, damnés! Guillotinés, Portez vos têtes! Et vous, corbeaux, Criez de joie, Car votre proie Sort des tombeaux.

Les morts, sous leur suaire, Tournent, Tournent, Tournent, Tournent, Les morts, sous leur suaire, Tournent dans la nuit claire.

Le roi d'enfer, Sombre et livide, A tout préside; C'est Lucifer. L'horrible foule, A ses accents, En flots pressants, S'agite et roule.

Et le bal monstrueux Tourne, Tourne, Tourne, Tourne, Et le bal monstrueux Tourne..... et fait peur aux cieux.

Mais, comme un rêve, Tout a passé, Tout a cessé, Le jour se lève. A l'Orient, Le ciel est rose, L'insecte cause Avec le vent.

Du coq la voix sonore Chante, Chante, Chante, Chante, Du coq la voix sonore Chante une belle aurore.

G. DE V. (GUY DE VALMONT).

SONNET.

Un nuage a passé sur votre ciel, Madame, Cachant l'astre éclatant qu'on nomme l'Avenir, La douleur a jeté son crêpe sur votre âme Et vous ne vivez plus que dans un souvenir.

Tout votre espoir s'éteint comme meurt une flamme, Aucun lien parmi nous ne vous peut retenir, Vous souffrez et pleurez, et votre cœur réclame Le grand repos des morts qui ne doit pas finir.

Mais songez que toujours, quand le malheur nous ploie, Aux cœurs les plus meurtris Dieu garde un peu de joie Comme un peu de soleil en un ciel obscurci.

Et que de ce tourment qui ronge notre vie, Madame, si demain vous nous étiez ravie, Bien d'autres souffriraient qui vous aiment aussi.

TABLE DES MATIÈRES.

Pages.

Lettres de Mme Laure de Maupassant à Gustave Flaubert. IX

Lettre-Préface. XXV

Le Mur.

Un Coup de soleil.

Terreur.

Une Conquête.

Nuit de neige.

Envoi d'amour.

Au Bord de l'Eau.

Les Oies sauvages.

Découverte.

L'Oiseleur.

L'Aïeul.

Désirs.

La Dernière Escapade.

Promenade.

Sommation.

La Chanson du rayon de lune.

Fin d'amour.

Propos des rues.

Vénus rustique.

APPENDICE. VERS INÉDITS:

Dernière soirée passée avec ma maîtresse.

Souvenirs.

L'Espérance et le Doute.

Le Sommeil du mandarin.

Enfant, pourquoi pleurer?

Le Moulin (fragment).

Sabbat.

Sonnet.

* * * * *

Liste des modifications:

Page 7: «sont» remplacé par «son» (Son œil, son front, sa bouche humide et ses cheveux!) Page 126: «heurtaint» par «heurtaient» (D'invisibles oiseaux heurtaient leur vol aux branches) Page 140: «Quant» par «Quand» (Quand tout redevint blanc sous le soleil levé)