Versos French Hégésippe Moreau À Médor

French poem

À Médor

by (1810–1838)

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Heureux Médor, si j’ai bonne mémoire, Je t’ai connu jadis maigre et hideux ; Chien sans pâtée, et poëte sans gloire, Dans le ruisseau nous barbotions tous deux. Lorsqu’à mes chants si peu d’échos s’émeuvent, Lorsque du ciel mon pain tombe à regret, À tes abois Dieu sourit, les os pleuvent : Chien parvenu, donne-moi ton secret.

Aux chiens lépreux, oui, le malheur m’égale : Battu des vents, par la foule outragé, Si je caresse, on a peur de la gale ; Si j’égratigne, on m’appelle enragé. Pour qu’au bonheur je puisse enfin renaître, Dieu sait pourtant qu’un peu d’or suffirait ; Bien peu… celui de ton collier peut-être : Chien parvenu, donne-moi ton secret.

J’eus comme toi mes longs jours de paresse, Un lit moelleux et de friands morceaux ; J’ai frissoné sous plus d’une caresse, D’abois moqueurs j’ai talonné les sots. Puis dans la foule où l’on pousse, où l’on beugle, J’ai vu s’enfuir Plutus qui s’égarait : Pour devenir le chien de cet aveugle, Chien parvenu, donne-moi ton secret.

Aux dominos sais-tu comment l’on triche ? Nouveau Pâris, arbitre de beauté, As-tu donné la pomme à la plus riche, Fait le gentil, fait le mort, ou sauté ? Ton sort est beau : moi, chien d’humeur bizarre, Pour égayer le Riche à son banquet, Je ne sais rien… rien que flatter Lazare : Chien parvenu, donne-moi ton secret.

Tombé, dit-on, dans un pays de fées, Dont la laideur mit le peuple en émoi, On essuya tes pattes réchauffées, De blanches mains te bercèrent ; mais moi !… Chien trop crotté pour que la beauté m’aime, Si j’entrais là, le pied me balaîrait, Hué de tous, et mordu par toi-même : Chien parvenu, donne-moi ton secret.