French poem
Chanson patriotique des danseuses de l’opéra
by Hégésippe Moreau (1810–1838)
De politique et cœtera S’occupant après boire, Les dames du grand Opéra Hier chantaient : Victoire ! À s’émanciper aussi Les Amours ont réussi : Aux marchands de lorgnettes Juillet du moins a profité. Vivent les pirouettes ! Vive la liberté !
Devant des galbes et des nus, Tartufe, qui s’indigne, Dans nos jardins coiffait Vénus D’une feuille de vigne : Il eût, sans des jours meilleurs. · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Aux marchands de lorgnettes Juillet du moins a profité. Vivent les pirouettes ! Vive la liberté !
Consolez-vous, gens maladroits, D’être vainqueurs et dupes : Si là-bas on rogne vos droits, On rogne ici nos jupes. Votre étendard, vieux haillon, Vaut-il un frais cotillon ? Aux marchands de lorgnettes Juillet du moins a profité. Vivent les pirouettes ! Vive la liberté !
Contre nous, sans nous effrayer Caton crie au scandale, Et la Chambre veut nous rayer De son budget vandale. Que de pantins il paîra Même ailleurs qu’à l’Opéra ! Aux marchands de lorgnettes Juillet du moins a profité. Vivent les pirouettes ! Vive la liberté !
Au duc, soucieux et rêvant, La sylphide coquette, Flic flac, dit en jetant au vent Les plis de sa jaquette : Vous qui pleurez Charles dix, Riez donc : voilà des lis ! Aux marchands de lorgnettes Juillet du moins a profité. Vivent les pirouettes ! Vive la liberté !
Vous qui sabrez, tambour battant, Les émeutes civiles, À nous, bourgeois : vous aimez tant Les victoires faciles ! Tuez est charmant : d’accord ; Mais peupler vaut mieux encor. Aux marchands de lorgnettes Juillet du moins a profité. Vivent les pirouettes ! Vive la liberté !
Républicains, ayez de l’or, Vous aurez des prêtresses ; Nous nous sentons d’humeur encor À devenir déesses. Vos aînés, francs étourdis, Ont vécu : De profundis. Aux marchands de lorgnettes Juillet du moins a profité. Vivent les pirouettes ! Vive la liberté !