Versos French Hégésippe Moreau Le Joli Costume

French poem

Le Joli Costume

by (1810–1838)

Listen in the reader

Dans l’alcôve de ma voisine, Un mardi gras, me réveillant, Sous mes habits je vois Rosine Qui se mirait en souriant : À sa bouche un cigare fume ; D’un grivois elle a le maintien : Oh ! qu’elle est bien ! Oh ! qu’il est bien ! Beau masque, à ce joli costume Pour mon bonheur ne change rien.

Je comprends que d’un jeune esclave Virgile ait soupiré le nom ; Je comprends les mœurs du conclave Et les soupers d’Anacréon. Mais son Bathyle, je présume, Aurait pâli rival du mien : Oh ! qu’elle est bien ! Oh ! qu’il est bien ! Beau masque, à ce joli costume Pour mon bonheur ne change rien.

Mais, sur une tête mignonne, Enfant, ce chapeau doit peser. Les cheveux noirs qu’il emprisonne Hier appelaient le baiser. Laisse-les suivant ta coutume, Flotter sans voile et sans lien : Oh ! qu’elle est bien ! Oh ! qu’il est bien ! Beau masque, à ce joli costume Pour mon bonheur ne change rien.

Grâce pour deux captifs encore ! Oui, foule aux pieds ce frac étroit. En vain, sur la vitre sonore, L’aquilon souffle humide et froid : Mon cœur, que le désir consume, Palpitera chaud près du tien : Oh ! qu’elle est bien ! Oh ! qu’il est bien ! Beau masque, à ce joli costume Pour mon bonheur ne change rien.

Et je poursuis, et la fillette, Riant toujours, toujours cédant, Se voit réduite à la toilette Qui parait Ève aux yeux d’Adam. Trésor à trésor, sur la plume, Je puis recompter tout mon bien : Oh ! qu’elle est bien ! Oh ! qu’il est bien ! Beau masque, à ce joli costume Pour mon bonheur ne change rien.