Versos French Hégésippe Moreau Le Dernier Jour

French poem

Le Dernier Jour

by (1810–1838)

Listen in the reader

J’ai dit souvent : Dieu confonde Ce monde et tout avec lui ! Mais, quand de ce pauvre monde Le jour suprême aura lui, Changeant de ton dès l’aurore, Je dirai, j’en fais l’aveu : Pauvre globe, tourne encore, Tourne, tourne encore un peu.

À cette heure épouvantable, Tous vos hôtels trembleront, Riches ; et de votre table Bien des miettes tomberont. Affamés, qu’on se restaure ! Dirai-je, et trinquons, morbleu ! Pauvre globe, etc.

L’effroi que ce jour fait naître (Et pour ma part j’en ris bien) Empêche de reconnaître Son lit, sa femme et son bien. Plus de bourgeois matamore, Plus d’huissiers ! le Code au feu ! Pauvre globe, etc.

Le vieux soleil file, file, Et s’éteint dans le brouillard : Allons, truands, par la ville Jouer à colin-maillard. Tremblez, Rose, Hortense, Laure : J’ai la main heureuse au jeu. Pauvre globe, etc.

Et vite, chez la reinette Dont un soir je fus épris, Allons de ma chansonnette Réclamer gaîment le prix. Aux appas qu’en vers j’adore Allons dire en prose adieu. Pauvre globe, etc.

Puis à mon hôte Grégoire Répétons, le verre en main : N’ayez souci du mémoire, J’attends mon père demain. Car qui m’a fait ? Je l’ignore, Mon Credo dit que c’est Dieu. Pauvre globe, etc.

Je fredonnais de la sorte, Dormant, rêvant à demi, Quand tout à coup à ma porte Retentit un pas ami. Avril en fleur vient d’éclore, Mes vitres ont un ciel bleu : Pauvre globe, tourne encore, Tourne, tourne encore un peu.