French poem
01 (Maintenant je n’aspire à revoir, ô…)
by Herminie de La Brousse de Verteillac Rohan (1853–1926)
Maintenant je n’aspire à revoir, ô nature, Que ta terre féconde, alors qu’en son sein fort Elle va recevoir, création future, La semence et la pluie et le vent qui l’endort.
Et l’ange avait chargé quatre étoiles des cieux D’annoncer ici-bas la joyeuse nouvelle. La grande s’arrêta sur les pâtres heureux ; Ces pâtres, de l’Enfant reçurent l’étincelle.
L’étincelle d’amour pour l’humble humanité, Puis l’autre en Orient conduisit les rois Mages À la crèche bénie en douce charité, Ces justes du vieux temps si droits, vaillants et sages.
La troisième brilla sur un temple éloigné Où l’on avait vécu jusqu’alors dans l’attente, Et l’on s’y convertit pour plaire au nouveau-né Dont le peuple adora la grâce souriante.
Mais le trio céleste avait perdu sa sœur, Et cet astre égaré poursuit un long voyage. Il n’a point annoncé la vertu, la douceur, Et dans un coin du globe on attend d’âge en âge.
La nature est tout endeuillée, Plus de soleil, plus de feuillée ; L’herbe est rare, le jeune daim Comme l’homme souffre la faim.
Le vent souffle, l’étoile brille Au ciel d’hiver, où tout scintille. C’est la Noël, fête d’espoir. Le cœur semble plus pur ce soir.
Mais voilà que la cloche appelle Tout le village à la chapelle ; De la chaumière et du château Les feux se reflètent dans l’eau.
Voyez là-bas dans la clairière Qui borde la froide rivière, Sur la neige et sous les sapins, Deux pauvres enfants orphelins.
« Ô Jésus né dans une crèche, « Sur la mousse et la paille sèche, « Secourez-nous ! Ô Juste Dieu, « Nous faut-il mourir en ce lieu ? »
Ainsi disait en sa prière Le plus jeune en pleurant à terre ; Et, soudain à l’heure qui fuit La messe sonne, il est minuit.
Un ange déployant ses ailes, Vers les petits corps blancs et frêles S’approche, et leur dit : « Je descends « Vous réchauffer, mes innocents.
« Allez maintenant à l’église, « Enfants, et sur la pierre grise « Recevez l’aliment divin, » Murmure le doux séraphin.
« Moi, je retourne en mon royaume « Vous, gagnez votre toit de chaume, « Oh non, bel archange, avec vous, « Il fait si froid !… emportez-nous ! »
Et l’on vit sur la lune pâle Monter par-dessus la rafale, Sur le sein du beau Raphaël, Un bouquet d’âmes de Noël !
On raconte aux pays dévots La légende des aboyeuses. Je vais vous narrer en deux mots L’origine des malheureuses.
Autrefois, aux temps reculés, Un matin d’hiver gris et pâle, En noirs sabots tout éculés, Vint une vieille sous un châle.
Elle avait soif : voyant un seau, Elle implora des lavandières À la fontaine, un verre d’eau. Elle était humble en ses manières.
Au lieu de tendre la boisson, Excitant sur la voyageuse Leurs chiens hargneux de leur bâton, Ceux-ci mordent la pauvre gueuse.
Alors s’élevant dans les cieux La Vierge (car c’était bien elle) Dit : « Femmes sans cœur ! en ces lieux Vous aboierez, race cruelle ! »
Depuis lors, ainsi que des chiens, Leurs filles et leurs descendantes Ont aboyé. Moi, tous les miens, Les entendons le long des sentes.
Aux grandes fêtes du « Roncier » Elles vont en pèlerinage Boire à la source et puis prier, Et le Dieu d’amour les soulage !
Contemple, ô mon enfant, les reflets du soleil Et les opales de la lune Sur les grands pins couvrant la dune, Et l’horizon doré de ce rayon vermeil.
Voyage ! et va chercher l’apaisement du cœur, Visite des terres nouvelles, Ouvre dans l’inconnu tes ailes Pour planer dans les airs et chercher le bonheur.
Le bonheur ! cristal d’âme, éphémère douceur, Si brillant, mais, hélas ! si frêle Qu’il se brise et souvent, chancelle ; Quand on le tient, la main se crispe, on a grand peur.
Si tu ne peux avoir ce que tu crois chérir, Et que ton noir chagrin t’accable, Aigrissant ton humeur affable, Enfant ! redresse-toi ; souffrir n’est pas mourir !
Ta lèvre boira l’eau dans le creux du rocher, Elle en sera désaltérée ; Sur ton âme désespérée La brise soufflera te forçant à marcher.
Et le temps bienfaisant, ce divin guérisseur, Te payera sa grande dette, Et tu relèveras la tête, Oubliant le passé, grandi par la douleur !
Lorsque j’étais petite Vous me sembliez grands, Chênes de ce beau site ! Je revois ma visite À la grotte des glands.
Ô grotte de l’enfance, Sans porte et sans volets, J’y rêvais de la danse, Entraînante cadence, De quelques feux follets !
J’espérais voir sur l’onde Ou la fée ou l’esprit, Glisser, mener la ronde Sur l’Océan qui gronde, Et voltiger sans bruit.
On racontait l’histoire D’un chevalier fameux, Qui, certaine nuit noire, Sans manger et sans boire Partit laissant ses preux.
Il cherchait l’anneau rose Dans l’île Cordeva Qu’un ruisseau d’or arrose ; Mais la magique chose Hélas ! point ne trouva.
En abordant, la reine Lui promit le bonheur, Mais, perfide sirène, L’entoura d’une chaîne ; Il perdit son honneur.
Alors, depuis l’an mille Sous l’écume, au printemps, Il file l’algue, il file, Prisonnier dans cette île, Sans repos en tout temps.
Ô riante jeunesse Qui par ici passez, Ne rêvez pas d’ivresse, Ni de folle maîtresse ; Plaignez-le, c’est assez.
Des mouchoirs agités par des mains féminines Se voyaient de la plage où bat le flot amer. « Au revoir » répétait la voix, notes câlines Qui se mêlaient au bruit du vent et de la mer.
Le bateau s’ébranlait : la lourde masse noire Partit, diminua, ne fut bientôt qu’un point ; Et puis tout disparut,…… les marins allaient boire, Et moi, comme un enfant, je pleurais dans mon coin.
Je me sentais bien seul ; la sœur de ma jeunesse Venait de s’embarquer pour un pays lointain. À qui conter ici mes peines, ma détresse, Et les entraînements de mon cœur incertain ?
Le ciel me sembla gris, quoiqu’il fût d’émeraude, Et je souffrais du froid d’un bien léger zéphyr, Zéphyr qu’on bénissait, car sur la brique chaude Le soleil du midi brûlait, faisait souffrir.
Et tout au fond de moi, je me sentais de glace, Et la foule des cours, des jardins et du port, Au lieu de m’égayer par l’esprit de sa race, Augmentait mon ennui ; je me plaignais à tort.
Marseille, sous le dais d’une nuit étoilée, Me paraissait moqueuse et pleine de dédain Pour mon isolement ; sa lueur mi-voilée Semblait me rejeter, me chasser de son sein.
Alors je m’éloignai, marchant sur la grand’route ; J’aspirai l’oranger, l’eucalyptus, les pins, Et les marais salés où le jeune agneau broute Et le subtil parfum du grain bleu des raisins.
J’entendis en passant, dans une maison blanche, Des pleurs entrecoupés de paroles d’adieux ; Par la fenêtre on voit un couple qui se penche, Et puis qui se sépare en larme, oh ! pauvres yeux !
Triste et fatale loi : quitter ce que l’on aime, Disais-je ! Et j’écoutais ce long gémissement, Et je songeais : partout le cœur est bien le même, Pourquoi donc t’étonner d’être meurtri passant ?
Au village d’Azé vivait un homme étrange. Il ne parlait jamais, guère plus ne mangeait ; Il allait à l’église, il priait comme un ange, Les enfants l’entouraient sachant qu’il les aimait.
11 était toujours juste et protégeait les bêtes, Évitant de meurtrir mouches ou hannetons, Et souvent, du filet il délivrait les têtes Des verdiers, des vanneaux, des ramiers, des pinsons
Or, un jour glorieux, vers la Pâque fleurie, Alors que Lorio, notre homme, allait aux champs, Tous les petits oiseaux du clocher de Marie S’arrêtèrent soudain à l’écho de ses chants.
Quel est, se disaient-ils, cet être à la voix douce Qui mieux que nous répond au baiser du printemps ? « Écoute, rossignol » disait parmi la brousse L’alouette des prés. « Ô viens, écoute, entends ! »
Et Lorio disait l’âme de la nature, Réveil étincelant des ramures sous bois, La feuille jaune encor et qui sera verdure, Et les buissons rosés dignes de plaire aux rois.
Le cantique béni faisait taire l’abeille, La fourmi sous les pins et les bruyants bourdons, Et tous les papillons, la guêpe sur la treille, La verte sauterelle et les humbles grillons.
Et tous à l’unisson de crier et de dire « Lorio, c’est un sage, il ne tourmente pas L’insecte et l’animal, ni l’oiseau qui se mire Dans les étangs blanchis ! ah ! respectons ses pas !
Allons vers lui joyeux, formons un grand cortège ; D’auréole d’amour couronnons son front pur ; Notre aile abritera son cœur pendant la neige, Bénissons Lorio dans ce jour bleu d’azur. »
La colombe arriva : le moineau, l’hirondelle, Et la mésange et tous les oiseaux de l’endroit ; La fleur voulut aussi donner son immortelle À cet ange sur terre, honnête, doux et droit.
Et Lorio touché, d’une voix épuisée Pria d’un cœur fervent, pria longtemps encor ; Puis la voix s’éteignit, pauvre corde brisée. Oiseaux, ne chantez plus… tout doucement il dort.
Depuis, la gent ailée adore son image. Au mois de mai, chaque an, elle prend au bouleau Les grains à peine éclos et, pendant le ramage D’un concert en mineur, les porte à son tombeau !
La jeune Damalis partait pour un voyage ! Son visage était pâle et sa robe d’azur ; Les mouettes volaient très bas sur son passage, Les dieux de l’Océan aimaient son regard pur.
Or, Damalis voguait en souriant aux vagues. La barque était d’ivoire et le gouvernail d’or ; Le soleil se mirait aux gemmes de ses bagues, Tandis que son regard s’emplissait du décor.
Décor de crépuscule en cette nappe verte Où l’on voit s’estomper le rayonnement clair, Où comme en un frisson la lumière déserte, Où la nuit, mauve encore, à peine assombrit l’air.
Son petit pied posait sur un tapis de mousse Et sa main retenait l’hirondelle du soir. Au loin, sur le rocher croissait la fine pousse De ce gluant varech brillant comme un miroir.
Neptune est sur son char. Près de la voyageuse Qui le regarde émue et tranquille à la fois Il se montre, il s’approche et son âme joyeuse Sortant du sein des mers fait très tendre sa voix.
Damalis entr’ouvrit une paupière rose Et regarda Neptune émerger des flots bleus. « Viens, traversons l’écume et l’île où l’on repose, « Et tu seras déesse et reine, si tu veux ;
« Je ferai resplendir le corail et la perle, « L’écaille des poissons au reflet argenté ; « Et le concert des vents qui sur l’onde déferle, « Murmurera soudain un hymne à ta beauté ! »
Et le dieu dit encor : « Vidons la coupe ensemble ; « En nos libations, chantons, chantons l’amour ; « Comme deux albatros qu’un coup d’aile rassemble, « Neptune jeune et vieux t’aimera tout le jour. »
Damalis le suivit rayonnante et charmée. Mais une néréïde enlaçant son beau corps Tout à coup but le sang de la mortelle aimée, Qu’un dieu même ne pût arracher à la mort.
Choisissant des trésors aux récifs des naufrages Neptune recueillit bracelets et colliers, Et la tulipe noire et de blancs saxifrages, Et la plume si lisse au cou des doux ramiers.
On en couvrit la belle et son cercueil d’albâtre. Au royaume glacé du monde sous-marin On pleura son malheur, et le reflet verdâtre De ses grands yeux fermés dans l’abîme sans fin.
L’esprit de Damalis semblait chercher la dune, Et l’éclat du croissant sous les bois diaprés. Cet enfant de la femme avait froid dans l’eau brune Et regrettait les champs, le soleil et les prés.
En sa tristesse amère, en plaintes renaissantes, Le roi de l’onde perse et des rochers battus, Aux sirènes chantant, aux grottes ruisselantes, Conta de Damalis la grâce et les vertus.
Voulant l’éterniser pour elle et pour lui-même, Et lui laisser aussi la blancheur de son col, Neptune en fit l’arum au cœur d’or que l’on sème Le pied dans l’eau, la tête au ciel, la feuille au sol !
La bûche de Noël est couverte de houx, D’un pinson jaune et noir, de feuilles et de mousse ; Elle s’ouvre et contient des fruits confits et doux, Et bébé va la prendre en tendant sa frimousse.
La frimousse reçoit un très tendre baiser, Et l’enfant tout heureux dit « merci, bonne mère ». De ce joli présent, sa main va caresser, Tout en parlant, l’oiseau dont l’aile rase terre.
« Il va bientôt chanter, n’est-ce pas ? » dit Pierrot. « Mais non, trésor chéri, la bête est empaillée. « Il ne parle pas plus que ce petit fagot « Composé de sarments et de vigne taillée ! »
Désappointé, l’enfant jeta la bûche au feu, La mousse dans la cour, les fleurs par la fenêtre ; Bientôt dans l’âtre on vit la flamme au reflet bleu, Et dans ce flamboiement la boîte disparaître.
« Mais pourquoi, dit la mère, avoir tout bousculé, « Jeté le houx, l’oiseau, la mousse dans la fange, « Avoir souillé cela quand le reste est brûlé ? « Que c’est dommage, enfant, tu n’as rien en échange ! »
Alors, penaud, bébé réfléchit un instant, Et l’enfantine voix se fit très suppliante. « Oh ! maman, chante, toi ; sois mon oiseau vivant, « Une fleur de bonté, suave, caressante ?
« Indulgente souvent et pardonnant toujours, « Maintenant mes travers, mes petites méprises, « Et quand je serai grand, tous les soirs, tous les jours, « Mes plus vilains défauts, et mes pires sottises. »
Respirez l’air de notre terre, Faites retentir les clairons, Sucez le lait de notre mère Mère patrie, à pleins poumons.
Apprenez bien la noble histoire Du sol sacré de nos aïeux. Chantez ses malheurs et sa gloire L’amour au cœur, la flamme aux yeux.
Enfants du peuple, enfants de France, Grandissez au son des tambours, Car vous êtes notre espérance, Jeunes français, français toujours !