Versos French Herminie de La Brousse de Verteillac Rohan 02 (L’étoile dans le ciel conduit l’homme…)

French poem

02 (L’étoile dans le ciel conduit l’homme…)

by (1853–1926)

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L’étoile dans le ciel conduit l’homme vers l’anse, L’étoile dans la nuit guide le voyageur, L’étoile est au berceau la première espérance, L’étoile est au défunt la dernière lueur.

L’été finit, voici l’automne Aux feuilles d’or, Si bel encor ; Sous les pas tout craque et résonne Pendant l’automne.

Dans le verger, dans le jardin, La poire est mûre Sous la ramure, Et l’on dépouille le matin Son grand jardin.

Les petits vont cueillir les pommes, Tout en sautant Et trottinant, Et leurs minuscules mains d’hommes Lâchent les pommes.

Là-bas je vois le vieux pêcheur Cherchant ses lignes Auprès des cygnes ; Il les contemple avec douceur Ce vieux pêcheur.

C’est la saison du mariage Et des amours En ces beaux jours, Et l’on cherche dans son village Le mariage.

Le cidre doux dans les maisons Mousse à l’étable, Et sur la table, On boit, on chante des chansons, Dans les maisons.

Votre franc rire, ô lavandières, De votre coin S’entend très loin ! Le batteur frappe sur les pierres, Ô lavandières !

Moi, je m’assois près de la berge, Voir le bateau Filer sur l’eau, Son phare brille comme un cierge Près de la berge.

L’onde s’enfuit dans le canal ; Ainsi la vie Coule asservie Au mystère, au destin fatal, Comme au canal.

― Prince Misère, où courez-vous Par cette neige ? — Je vais voir l’asile des fous Que l’ombre assiège.

— Où vos pas iront-ils après, Prince Misère ? — Ils iront parmi les cyprès Fouler la pierre.

— Que ferez-vous près des tombeaux Semeurs d’alarmes ? — Je veux sur les chairs en lambeaux Verser des larmes,

— Grâce ! ne passez point par là Où l’agneau broute. — Je passerai comme Attila Sur champs et route.

— Que de fois je vous sens en moi Prince Misère ! — Je ne suis ni manant, ni roi, Un pauvre hère !

Oui, je dois vous purifier, Et salutaire Faire souffrir le cœur altier Sur cette terre.

En vain tu verrouilles ton seuil, Homme ! J’apporte Quand il me plaît misère et deuil Devant ta porte.

Je suis le grain, ondée, averse Qui tombe entre deux clairs rayons Du soleil fantasque, et qui verse La fraîcheur à ces beaux gazons.

Je suis le millet, fine graine Sur qui l’on veille avec grand soin, Craignant que d’une froide haleine La brise ne m’emporte au loin.

Je suis encore, chère belle, Votre joli grain de beauté Tachant la blancheur irréelle D’un épiderme velouté.

Moi, je suis la poussière grise Enveloppant tout l’univers, Que le vent promène à sa guise, La cendre qui cache les vers.

À peine vous ai-je quitté Que je me sens lasse à l’extrême ; Ami si cher, ami que j’aime, Vous, charme, force, urbanité.

Lorsque sur moi viendront s’étendre Les noires ombres de ce soir, Je serai triste sans vous voir, Ni vous sentir, ni vous entendre.

Mais mon esprit perçant les cieux, En rêvant franchira l’espace Pour retrouver la douce place De mon lent baiser sur vos yeux.

Et ce baiser, fraîcheur exquise Comme un souffle des Océans, Pendant des mois, pendant des ans, Enchaînera mon âme éprise.

Ô ma petite maisonnette Dis-moi l’histoire de tes murs : Furent-ils indiscrets ou sûrs Lorsqu’ici l’on contait fleurette ?

As-tu vu des amants vainqueurs Et des Cydalises galantes Aux attitudes nonchalantes Librement échanger leurs cœurs ?

J’aime tes tentures fanées, Tes rideaux tendres et passés, Et tous tes bibelots cassés, Toutes tes grâces surannées.

Maintenant tes fauteuils râpés Sont rangés à l’entour des tables, Ah ! qu’ils raconteraient de fables ; S’ils l’osaient, tes vieux canapés.

Aujourd’hui c’est le grand silence Et le règne du limaçon, Sur l’antique orme le pinson Doucement chante et se balance.

Depuis que l’homme t’a quitté, Pavillon d’aubépines blanches, Que d’odorantes avalanches Sur ce pauvre toit effrité !

Un charme m’arrête à ta porte Sur le banc froid de marbre gris ; Mon cœur d’un long regret s’est pris. … Je rêve au temps qui nous emporte.

À quoi songe Mousmelia À l’ombre de son petit arbre ? Au lotus ? au magnolia Poussant près des vasques de marbre ?

Je crois qu’elle rêve toujours En brodant des fleurs ajourées ; Elle prononce tous les jours Des paroles énamourées.

Elle cueille, en la respirant, Cette floraison printanière, Attendant Loti, son amant…. Mousmé murmure une prière !

Filez, filez, ma bonne femme ; Le son du rouet est joli ; La lueur claire de la flamme Fait reluire l’âtre poli.

Filez, filez, aïeule antique, Filez le chanvre avec le lin Pour que le foyer domestique Ait linge blanc et linge fin.

Filez, filez, ô jeune fille Votre trousseau pour le galant ; En attendant sous la charmille, Le cher aimé, le doux amant.

Filez, filez, ma blonde amie, Chantez toujours en travaillant. Ne faites jamais l’endormie, Montrez-nous un minois vaillant.

Filez, filez, fil de la Vierge, Filez par un beau jour vermeil. Vous me semblez un frêle cierge Qu’allume un rayon de soleil.

Filez, filez, pures étoiles, Vos rayons d’or au front des cieux, Et le mystère de vos voiles Dans l’infini silencieux !

Lorsqu’au jardin vous descendîtes, En nuage d’argent, ce soir, Je ne sais plus ce que vous dîtes Tant je fus troublé de vous voir.

Vos tulles blancs rasaient la terre ; Ce vêtement presqu’irréel Vous enveloppait de mystère Ainsi qu’un fantôme du ciel.

Je restai cloué sur ma chaise, « Mon sort vient de se transformer, Dis-je ému de frayeur et d’aise ; Ah ! c’en est fait, je vais l’aimer ! »

Vos cheveux tressés en couronne Ont un reflet vénitien. Ce bras, puis cette main mignonne, Ce noble et gracieux maintien,

Ces yeux qu’avive la malice, Ce sourire fin et moqueur, Oui, tout en vous, avec délice Habite maintenant mon cœur.

Pardon de n’avoir pas la force De garder pour moi mon secret. Faible sous ma rugueuse écorce Je ne sais point… être discret.

Loin de votre grâce suprême Je suis tremblant et malheureux ; Mais de près je dirai : « Je t’aime », Bien mieux qu’aucun autre amoureux.

J’aimerais t’effeuiller, ma blanche Pâquerette, Aux tons fins, diaprés. Dis ! — suis-je aimé ? beaucoup ? un peu ? réponds, fleurette, Parle-moi dans ces prés !

Je voudrais te cueillir, charmante Marguerite, Parure de ces bois, Et t’emporter bien loin, chère et douce petite, Pour entendre ta voix.

Et je te bâtirais dans les bruyères roses, Près de l’Oust et des joncs, Un temple ensoleillé tout entouré de roses Et de l’or des ajoncs !

Et là tu trônerais, divine Pâquerette, Dans l’île des amours, Et l’on t’y bénirait, belle et pure fillette, Parmi nous, tous les jours.

Salut, ô jeune belle, Fille des Talhouët, Qu’abeille et coccinelle Fêtent en Porhouët !

Votre teint champ de roses, Votre bouche, vos yeux, Promettent tant de choses, Enfant chéri des dieux !

Vous cueillerez l’amande, Reine de tous les cœurs, Et sur l’agreste lande On sèmera des fleurs.

Vous planterez la menthe, Le bonheur, le désir, Et tous deux dans la sente Chanterez le plaisir.

Brunette gracieuse, Vous aimera Jehan ; Venez, soyez heureuse Au foyer des Rohan !

Oui, bien souvent je songe à toi Qui devais être Le compagnon d’un vaillant roi, Ô vieil ancêtre !

L’étroit pourpoint de satin vert Serre ton torse, Et tu souris sous le haubert Fier de ta force.

Sors de ton cadre et parle-nous, Dis ton histoire ; Quel cachot usa tes genoux Soldat de gloire ?

Que disait donc sous son cimier, En cette Espagne, Le roi charmant François premier De sa campagne ?

Voyait-il de gais Espagnols, D’aimables dames ? De ces seigneurs légers et fols De nobles âmes ?

Pensait-il encore au drap d’or, Beaux mois célèbres, Au camp d’éblouissant décor, Dans ses ténèbres ?

Ta noble réponse au vainqueur, Aïeul austère, À Charles Quint grand empereur Fut courte et fière

Combien de temps jusqu’à Paris Sire du Maine ? Dit Charles Quint parmi les ris, Moqueur, sans haine :

« Tant de batailles que de jours Sur notre terre, À moins que battu près des tours À la première ? »

Tes yeux ont dû s’ouvrir charmés, Seigneur du Maine, En revoyant tes cours aimés De Vienne et Seine.

Et les grands arbres de nos bois De ton enfance, La liberté sous tes vieux toits, Le ciel de France !

Dansez, volez, feuilles d’automne, Rentre au terroir, blanche souris, Déjà l’orage gronde et tonne, Il crève, le nuage gris.

Volez, petites larmes brunes, Pétales de fleurs, à tout vent ; Allez retrouver près des dunes L’océan plaintif et mouvant.

L’ouragan siffle ; branche morte, Volez ; montez, tous les désirs, La course folle vous emporte ; Montez, volez, tous les soupirs.

Tous les savants calculs de notre astronomie, À Paris et partout, Nous la prédisaient bien pour une heure et demie, Cette éclipse d’août.

Le soleil descendit en marche nuptiale, Et la lune approchait, En voilant sa beauté blafarde et glaciale, Qu’un nuage cachait.

Sur les balcons fleuris des élégantes rues, Chacun levait les yeux Pour observer l’hymen, et suivre dans les nues Ces astres radieux.

Et je les regardai d’ici-bas ces grands mondes, Très attentivement, Le prompt rapprochement dura quelques secondes, L’espace d’un moment.

Passe, Éole, sur les allées Des blancs bouleaux, Et sur les saules des vallées, Dans les roseaux.

Apporte tes molles caresses, Léger zéphyr ; J’aime tes langueurs, tes ivresses Divin plaisir.

Scorus, murmure à mon oreille La nuit, le jour ; Berce, Notus, berce ma veille D’un chant d’amour !

Couvre de baisers, ô tempête, Mes yeux fermés ; Douce fraîcheur, baigne ma tête, Chers vents aimés !

Ah ! montre-toi, douce Amitié, Penche vers moi ton cher visage ! Vois, j’ai grand besoin de pitié ; Soutiens mes pas pendant l’orage.

À l’heure sombre bien souvent Tu me consolas de mes peines, Faisant toujours souffler le vent Du rêve, illusions humaines !

Tu chuchotais, fidèle sœur, De tendres paroles aimées, Toi qui berças mon pauvre cœur Pendant de si longues années.

Et maintenant plus que jamais Je te garde en ma compagnie ; La douleur, si tu me quittais, Serait, pour mon âme, infinie.

N’es-tu pas mon plus vieil ami, Édredon de si douce plume ? Le soir, avant d’être endormi, À ton duvet je me parfume.

Combien je t’aime et te bénis, Édredon de ma tiède couche ! Garde bien mes pleurs réunis Aux soupirs de ma jeune bouche.

Je te raconte dans mes nuits Les souvenirs de mon enfance, Tous mes labeurs, tous mes ennuis, Mes regrets et mon espérance.

Sous ton sein je ferme les yeux, Puis je voltige dans un rêve Qui m’emporte au loin dans les cieux, Et que la blonde aurore achève !