Versos French Hippolyte Buffenoir À travers l’amour

French poem

À travers l’amour

by (1847–1928)

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Comme un parfum léger de fleurs immaculées, Garderas-tu longtemps, garderas-tu toujours Le souvenir des bois, des monts et des vallées Qui furent les témoins discrets de nos amours ?

N’oublieras-tu jamais ces sentiers du rivage Où, tremblants, nous passions dans la félicité, Ces sources au flot pur reflétant ton image, Et qui me paraissaient jaloux de ta beauté ?

Te rappelleras-tu ces chutes d’eau lointaines Qu’un soir nous écoutions, ces brises du printemps Qui courbaient la moisson naissante au fond des plaines, Et faisaient se mêler les lèvres des amants ?

Notre âme s’exaltait devant cette nature, Devant ces horizons, ces coteaux rajeunis, Confidents embaumés de la tendre aventure Qui charmait tant nos cœurs et les avait unis.

Nous allions, enlacés, cueillir la poésie Que la fraîcheur des nuits laisse au matin vermeil, Et nous marchions au gré de notre fantaisie Dans un rayon divin d’amour et de soleil.

Oh ! je te vois encor inclinant ton ombrelle Pour mieux perdre en mes yeux ton regard attendri ; Telle au fond des forêts frémit la tourterelle En roucoulant le soir près du ramier chéri.

J’admirais ta jeunesse heureuse et caressante, Ton gracieux maintien, ton sourire ingénu ; Et pour ensorceler ta beauté florissante J’aurais voulu parler un langage inconnu.

Je tremble en écrivant ces vers, chère adorée, Car ils ne sont, hélas ! qu’une ombre sans couleur ; L’ardente passion que tu m’as inspirée Ne peut y resplendir dans toute sa chaleur.

Et c’est pour endormir le chagrin de l’absence, C’est afin de calmer ma peine et mon tourment Que j’évoque ces jours et cette renaissance, Et que je viens chanter ce fol enivrement.

Mais le chant le plus beau, le plus vrai, le plus tendre Consacre seulement les paradis perdus, Sans apporter la vie à qui meurt de l’attendre, Et sans ressusciter le bonheur qui n’est plus.

La vie ! — Elle est pour moi dans ta puissante étreinte, Elle est dans ton sourire, elle est dans ton baiser : Elle est dans les chemins marqués de ton empreinte, Et dans les sentiers verts qui nous ont vus passer.

Reviens donc ! oh ! reviens ! Cette rive t’appelle ! Les forêts et les monts, le matin et le soir Tout ici m’interroge et dit : où donc est-elle ? Tout s’attriste et s’émeut de ne plus te revoir !

Reviens aimer encor devant cette nature. Devant ces horizons, ces coteaux rajeunis, Confidents embaumés de la tendre aventure Qui nous charme et qui veut que nos cœurs soient unis !