Versos French Hippolyte Buffenoir Tristesse

French poem

Tristesse

by (1847–1928)

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Je m’attriste parfois, ô chère créature, En songeant aux printemps des siècles à venir, Aux soleils qui verront d’autres amants s’unir Quand nous ne serons plus qu’une poussière obscure.

Hélas ! nous quitterons ce séjour enchanteur, Ces vallons, ces rochers… et ces plaines fécondes, Et ces bois embaumés dont l’abri protecteur Connaît, sans les trahir, nos ivresses profondes.

Il semble, n’est-ce pas, qu’un destin aussi beau, Qu’une si poétique et si tendre aventure Devrait durer toujours au sein de la nature, Et ne point aboutir à la nuit du tombeau !

Il semble que jamais nous ne verrons s’éteindre Les nobles voluptés qui bouillonnent en nous, Que l’avide néant n’osera nous atteindre, Et qu’en paix nous pouvons braver le temps jaloux !

Mirage ! Illusion ! Mensongère apparence ! Soumis à notre tour aux cruautés du sort, Nous n’attendrirons pas le spectre de la mort Qui rit de notre joie et de notre espérance.

Il nous faudra quitter la rive où maintenant Nous passons enfiévrés d’une tendresse heureuse, Où charmés, pleins de force et le front rayonnant Nous laissons s’accomplir notre histoire amoureuse.

Oui, des jours surgiront où nos yeux seront clos, Et ne s’ouvriront plus aux clartés de l’aurore, Où notre cœur glacé dans la tombe incolore Dormira sous le poids d’un éternel repos !

Oui, nous nous en irons de ce beau paysage Qui te fait, ma chère âme, un si riant accueil, Et qui devant l’attrait de ton jeune visage Tressaille de plaisir et s’enivre d’orgueil !

Entraînés par le temps vers la mort insensible, Nous abandonnerons les chemins du coteau : Sans nous les vents ailés, sans nous les chutes d’eau Résonneront au loin durant la nuit paisible…

Mais malgré ces rigueurs funèbres du destin, Un souvenir de nous et de notre passage, Bercé dans les rayons du soir et du matin, Voltigera sans cesse autour de ce rivage.

La plaine aux monts dira : « C’est ici qu’autrefois « Deux amants fortunés promenaient leurs délices ; « Mes fleurs de leurs aveux ont été les complices, « Ils se perdaient souvent dans mes sentiers étroits… »

Et les grands monts boisés répondront à la plaine : « Ces amants s’adoraient, nous les avons connus : « L’ardeur et les transports dont leur âme était pleine « Comme un parfum toujours sont en nous répandus… »

Et quelque doux poète, entendant notre histoire, S’arrêtera pensif devant ce gai séjour, Puis laissera tomber des vers remplis d’amour Sur nos bonheurs défunts et sur notre mémoire !