Versos French Racan La venue du printemps

French poem

La venue du printemps

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Enfin, Termes, les ombrages Reverdissent dans les bois, L’hyver et tous ses orages Sont en prison pour neuf mois ; Enfin la neige et la glace Font à la verdure place ; Enfin le beau temps reluit, Et Philomele, assurée De la fureur de Terée, Chante aux forests jour et nuit.

Déja les fleurs qoi bourgeonnent Rajeunissent les vergers ; Tous les échos ne résonnent Que de chansons de bergers ; Les jeux, les ris et la danse Sont par tout en abondance ; Les delices ont leur tour, La tristesse se retire, Et personne ne soupire, S’il ne soupire d’amour.

Les moissons dorent les plaines, Le ciel est tout de saphirs, Le murmure des fontaines S’accorde au bruit des zephirs ; Les foudres et les tempestes Ne grondent plus sur nos testes, Ny des vents seditieux Les insolentes coleres Ne poussent plus les galeres Des abîmes dans les cieux.

Ces belles fleurs que nature Dans les campagnes produit Brillent parmy la verdure Comme des astres la nuit. L’Aurore, qui dans son ame Brusle d’une douce flâme, Laissant au lit endormi Son viel mary, froid et pasle, Desormais est matinale Pour aller voir son amy.

Termes, de qui le merite Ne se peut trop estimer, La belle saison invite Chacun au plaisir d’aimer : La jeunesse de l’année Soudain se voit terminée ; Aprés le chaud vehement Revient l’extresme froidure, Et rien au monde ne dure Qu’un éternel changement.

Leurs courses entre-suivies Vont comme un flus et reflus ; Mais le printemps de nos vies Passe et ne retourne plus. Tout le soin des destinées Est de guider nos journées Pas à pas vers le tombeau ! Le Temps de sa faux moissonne, Et sans respecter personne, Ce que l’homme a de plus beau.

Tes loüanges immortelles, Ny tes aimables appas, Qui te font cherir des belles, Né t’en garantiront pas. Croy-moy, tant que Dieu t’octroye Cet âge comblé de joye Qui s’enfuit de jour en jour, Joüis du temps qu’il te donne, Et ne croy pas en autonne Cueillir les fruits de l’amour.