Versos French Iwan Gilkin Dialogue

French poem

Dialogue

by (1858–1924)

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L’être d’ironie et de haine Qui pour cible a choisi mon cœur. De l’arc de sa bouche d’ébène M’a décoché ce trait moqueur :

« Cet enfant tout en fleur d’enfance, Divin de joie et de santé, Qui t’adore sans méfiance, Crédule en ta fausse bonté, —

— A son abandon simple et tendre, Au doux velours des doux baisers Que son sourire laisse prendre, Que répondent tes sens blasés ?

Que répondent tes lèvres lasses, Veuves de tant de baisers morts, Et qui bleuissent de leurs glaces Les lèvres fraîches que tu mords ?

Tes yeux, qui savent trop de choses, Pour s’être repus nuit et jour De la pourriture des roses Et des dégoûts des lits d’amour, —

Et ta mémoire, noire armoire Où tous les espoirs sans espoir Moisissent avec maint grimoire En l’ennui de ton vain savoir ?

— Ô âcres larmes ! Pleurs funèbres ! Mes lourds sanglots ont répondu À l’Inquisiteur des Ténèbres : « Oui, tout mon bonheur est perdu.

« Ruine ma chair épuisée, Les cantharides et l’alcool L’ont brûlée et décomposée. Mon amour sénile est un vol.

Mon âme jadis intrépide, Drapeau chantant aux vents joyeux, Pend, morne, trouée et sordide, Sur mes os mous et carieux.

C’en est fait des parfums en flammes Brûlant sur des bûchers de fleurs Ces beaux yeux d’enfants et de femmes Qu’enivraient ma joie et mes pleurs !

Mais, — ô démon qui me tortures ! — Fou de désir et de rancœur, Par de câlines impostures J’ai fardé mon pauvre vieux cœur.

Et j’offre encor mes lèvres peintes, Les feux calculés de mes yeux, Mes mains et leurs feintes étreintes Et mon doux parler captieux

À la rose Idole aurorale Qui luit dans l’ennui de ma nuit, À la lumière triomphale Qui me fortifie et m’instruit,

À la Vigueur, à la Jeunesse, Dont la claire et chaude santé Rayonne comme une promesse Flamboyante d’éternité.