French poem
Le Confesseur
by Iwan Gilkin (1858–1924)
En vain tes paupières jalouses Voilent tes regards anxieux ; Mes yeux pareils à des ventouses Sucent les secrets de tes yeux.
Je vois ainsi qu’une rivière Couler ton sang dans ton cerveau ; Et je promène une lumière En ton cœur comme en un caveau.
J’y vois des richesses étranges, De l’or et des bijoux royaux Ignorés des yeux bleus des anges Gardiens des célestes joyaux.
J’y vois des bontés et des crimes, Des viols, des blessures, des morts, Et sur les bouches des victimes Les doux baisers de tes remords.
Ô dents qu’enivrent les morsures, Ô lèvres soûles de péchés, De tortures et de luxures Et du vin des pardons cachés,
Fleurissez sans inquiétude, Fleurs du bonheur triste et charnel Qui parfumez ma solitude, Car mon silence est éternel,
Et je sais pencher sur les hommes, Dont les lâches confessions M’ont appris quels monstres nous sommes, Mon cœur fait d’absolutions.
Mais moi, faux prêtre et faux prophète, Qui connais le néant des dieux, Et qui porte, hélas ! sur ma tête Vos forfaits et le poids des cieux,
Quand je crierai vers l’azur vide, Quand l’angoisse fendra mon cœur, Quand tombera mon front livide Sur mon sein gonflé de rancœur,
Quel enfant épris de mensonge, Angélique étancheur de fiel, Me tendra, sur ma croix, l’éponge Pleine de vin et d’hydromel ?