French poem
Sur l’oreiller
by Iwan Gilkin (1858–1924)
Ma veilleuse est morte et le jour Tourmente mon carreau livide. Mon pauvre oreiller veuf d’amour, J’entends, j’entends bien qu’il se vide.
J’entends le murmure que font Des bruissements de plumages Voletant, heurtant le plafond D’un doux brouillard plein de ramages.
Mon silence écoute. J’entends Des phrases de songe et de fièvre, Des soupirs, des cris haletants, Des baisers d’équivoques lèvres,
Et tout ce passé proféré Sur cet oreiller de caresses Où j’agonisais, enivré De trop d’ivresses pécheresses.
Oui, par ce froid matin lustral, S’envolent ces folles paroles, Ouvrant leur pennage augurai Vers d’orientales corolles :
Couroucous aux cous smaragdins, Languides tourterelles roses, Et, pour l’effroi des clairs jardins, Noirs corbeaux qui mangent des roses.
Mais les tiennes, doux être aimé Entre tous, tes douces paroles S’élèvent dans l’air parfumé Et tout palpitant d’auréoles,
— Tes paroles, anges soyeux, Aux longues ailes de mystère, Baisers profonds nés pour les cieux, Où les lèvres font la lumière !
Adieu ! Par ce matin lustral, Forçant la fenêtre livide, Un souffle d’hiver augural Enfle seul mon oreiller vide.