French poem
18 (La nuit descendait vite, vite…)
by Jacques Normand (1848–1931)
La nuit descendait vite, vite, À l’horizon… Elle rentrait, pauvre petite, À la maison. Pâle, frêle, dix ans à peine, Nue à moitié… Et son mince tricot de laine Faisait pitié. Elle portait, toute penchée, Sa cruche d’eau, Et se raidissait, déhanchée Par le fardeau. Italienne ou Provençale ? Je ne le sais… Ses pieds nus, sous la jupe sale, Trottaient, pressés. Et je lui dis : « La côte est raide ; Dur le chemin. Pitchounette, veux-tu qu’on t’aide D’un coup de main ? » Elle tourna vers moi, sauvage, Ses yeux de jais, Croyant qu’à ce vain badinage Je m’amusais. Je pris alors la cruche pleine Et, d’un seul trait, Montai vers la maison lointaine Qui s’éclairait. Elle me suivait, allégée, Heureuse aussi ; Mais pas une phrase échangée, Pas un merci. « La voilà donc, la gratitude De cette enfant ! » M’écriai-je d’une voix rude En arrivant. Mais comme, altéré, j’allais boire Au vase frais, Levant sa petite main noire Et de tout près Elle me dit en son langage, Vite et bien bas : « L’eau trop froide !… Mauvais !… Sois sage, Moussu, bois pas ! »
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