Versos French Jean Aicard Sur Le Parvis Du Temple

French poem

Sur Le Parvis Du Temple

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UN PHARISIEN.

Vous l’avez entendu?

UN SCRIBE.

Comme je vous entend.

LE PHARISIEN.

Et que disait le peuple?

LE SCRIBE.

Il paraissait content.

LE PHARISIEN.

Avez-vous retenu sa harangue?

LE SCRIBE.

Oui, par bribes...

La voici donc. Écoutez-la: «Les Pharisiens et les Scribes Sont assis dans la chaire où Moïse parla, Mais je ne puis en eux respecter que cela. ... Ils mettent sur le dos de l’homme Qui, plié, ne peut plus marcher, Des fardeaux de bêtes de somme, Mais ils n’y voudraient pas toucher!»

LE PHARISIEN.

C’est prêcher la révolte!

LE SCRIBE.

Oh! ce n’est rien encore: ... «Que leur fait la vertu, pourvu qu’on les honore? Ils écrivent la Loi sur de gros parchemins, Mais l’esprit de la Loi n’entre pas dans leur âme; Avant chaque repas ils se lavent les mains, Mais c’est l’impureté de leur cœur--que je blâme. Ils veulent être bien placés dans les repas: Tout leur désir est de paraître! Pourvu qu’on les appelle: «Maître!» Dieu--seul maître des cœurs--ne leur importe pas!»

LE PHARISIEN.

C’est affreux!

LE SCRIBE.

Attendez!

LE PHARISIEN.

Par le Temple! Je rêve!

LE SCRIBE.

... «Vous n’avez qu’un docteur, et c’est moi, ce docteur! Le plus grand ne sera que votre serviteur; J’abaisse celui qui s’élève, Et je relèverai ceux qui sont abaissés!»

LE PHARISIEN.

C’est infâme!... Ce sont des propos insensés.

LE SCRIBE.

Il y a mieux encore. Écoutez-moi la suite: «Pharisiens, malheur à vous, race hypocrite! Vous priez à grand bruit sur les parvis sacrés, Mais, fiers de vos manteaux dorés aux franges neuves, Tout en priant, vous dévorez L’obole et la maison des veuves! Malheur à vous! car Dieu vous regarde irrité! Vous qui, tout en payant la dîme, Encouragez le crime, Négligents de justice et de fidélité...»

LE PHARISIEN.

Abomination! nous allons à l’abîme! Je ne vois plus pour nous nulle sécurité Tant qu’on n’arrête pas ce parleur redoutable.

LE SCRIBE.

«O sépulcres blanchis, vous êtes au dehors, --Disait-il en criant,--d’une blancheur aimable, Mais pleins de pourriture et d’ossements de morts! Oui, vous rebâtissez les tombeaux des Prophètes, Mais qui les a tués, si ce n’est vos aïeux? Vous versez le sang le plus précieux! O serpents, race de vipères! Meurtriers, dignes de vos pères, Car vous tûrez encor, toujours, ceux qui viendront, Jusqu’à ce que retombe enfin sur votre front Tout le sang généreux répandu sur la terre!»

LE PHARISIEN.

Il a dit tout cela? Comment le faire taire?

LE SCRIBE.

On pourrait le livrer aux juges. Songez donc. Il remet les péchés! C’est en Dieu qu’il se pose, Avec ces mots nouveaux d’amour et de pardon! Jéhovah Sabaoth n’est donc plus assez bon?

LE PHARISIEN.

Il tente de guérir--par ses mains qu’il impose. Il blâme hautement le divorce...

LE SCRIBE.

Autre chose: Il se rit du Sabbat: hier, tout en marchant, Ses disciples cueillaient des épis dans un champ. C’était jour de Sabbat! On en fit la remarque; Mais lui, montant, au bord du lac, dans une barque, Avec un très malin sourire nous parla: «Votre âne et votre bœuf ont-ils soif ce jour-là? Dit-il. N’oubliez pas de leur donner à boire!»

LE PHARISIEN.

Il s’est moqué de nous!

LE SCRIBE.

Je commence à le croire! Car il a dit encor: «Quand on sème du blé, Par le jour du Sabbat voit-on qu’il soit troublé? Nuit et jour il travaille, en dépit de vos prêtres... Venez à moi, venez, ô cœurs endoloris: Même un jour de Sabbat je console et guéris!»

LE PHARISIEN.

L’insolent! Il est temps de nous en rendre maîtres! Si l’on ne punit pas de semblables discours, Le Temple, s’indignant, croulera de lui-même!

LE SCRIBE.

Il le rebâtirait, prétend-il, en trois jours!

LE PHARISIEN.

Écrivez ce mot-là: c’est son plus grand blasphème!

LE SCRIBE.

Vous savez que Judas nous prête son concours?

LE PHARISIEN.

Pour combien?

LE SCRIBE.

Oh! pas cher!... C’est un homme que j’aime: Il défend avec nous, contre cet exalté, L’honneur et l’avenir de la société.