Versos French Jean-Baptiste Rousseau Pour l’hiver

French poem

Pour l’hiver

by (1670–1741)

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Vous, dont le pinceau téméraire Représente l’hiver sous l’image vulgaire D’un vieillard foible et languissant, Peintres injurieux, redoutez la colère De ce Dieu terrible et puissant: Sa vengeance est inexorable, Son pouvoir jusqu’aux cieux sait porter la terreur ; Les efforts des Titans n’ont rien de comparable Au moindre effet de sa fureur. Plus fort que le fils d’Alcmène, Il met les fleuves aux fers;

Le seul vent de son haleine Fait trembler tout l’univers.

Il déchaîne sur la terre Les aquilons furieux: Il arrête le tonnerre Dans la main du roi des Dieux.

Plus fort que le fils d’Alcimène, Il met les fleuves aux fers; Le seul vent de son haleine Fait trembler tout l’univers.

Mais si sa force est redoutable, Sa joie est encor plus aimable: C’est le père des doux loisirs; Il réunit les cœurs, il bannit les soupirs, Il invite aux festins, il anime la scène: Les plus belles saisons sont des saisons de peine ; La sienne est celle des plaisirs. Flore peut se vanter des fleurs qu’elle nous donne ; Cérès, des biens qu’elle produit; Bacchus peut s’applaudir des trésors de l’automne : Mais l’hiver, l’hiver seul en recueille le fruit.

Les Dieux du ciel et de l’onde, Le soleil, la terre, et l’air, Tout travaille dans le monde Au triomphe de l’hiver.

C’est son pouvoir qui rassemble Bacchus, l’Amour, et les Jeux: Ces Dieux ne régnent ensemble Que quand il règne avec eux. Les Dieux du ciel et de l’onde, Le soleil, la terre, et l’air, Tout travaille dans le monde Au triomphe de l’hiver.

Déesse des forêts, à vos pieds je m’engage A mépriser l’amour, à détester ses feux. Puissé-je devenir, si je trahis mes vœux, Des objets de ces bois l’objet le plus sauvage !