Versos French Jean de La Fontaine Lettre à M. D. C. A. D. M

French poem

Lettre à M. D. C. A. D. M

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Tres-reverente Mere en Dieu, Qui reverente n’estes guere, Et qui moins encore estes mere, On vous adore en certain lieu, D’où l’on n’ose vous l’aller dire, Si l’on n’a patente du Sire, Qui fit attraper Girardin, Lequel alloit voir son jardin, Puis le mit à grosse finance : Les Rocroix gens sans conscience Me prendroient aussi bien que luy, Vous allant conter mon ennuy. J’aurois beau dire à voix soûmise : Messieurs, cherchez meilleure prise ; Phœbus n’a point de nourriçon Qui soit homme à haute rançon ; Je suis un homme de Champagne, Qui n’en veux point au Roy d’Espagne ; Cupidon seul me fait marcher. Enfin, j’aurois beau les prêcher ; Montal ne se souciroit guere De Cupidon ny de sa mere Pour cet homme en fer tout confit Passe-port d’Amour ne suffit. En attendant que Mars m’en donne un, et le sine ; Mars ou Condé, car c’est tout un, Comme tout un vous et Cyprine, Je ne bouge, et j’ay bien la mine De ne vous pas estre importun. Vôtre séjour sent un peu trop la poudre ; Non la poudre à testes friser, Mais la poudre à testes briser ; Ce que je crains comme la foudre ;

C’est à dire un peu moins que vous ; Car tous vos coups Ne sont pas doux Comme ils le semblent ; Le cœur dés l’abord ils nous emblent, Puis le repos, puis le repas, Puis ils font tant qu’ils causent le trépas.

Je vis pourtant, à ne vous point mentir ; Que serviroit de déguiser les choses ? Mais comment vis-je ! et qu’il nous faut pâtir Dans vos prisons où l’on fait longues poses ! Noires ne sont, et pourtant sont mieux closes Qu’aucun Châtel : Quand leans on se voit, Pleurs, et soûpirs, ce sont boutons de roses, On n’en sort pas ainsi que l’on voudroit.

Aussi quand on vous fit Abbesse, Et qu’on renferma vos appas, Qui fut camus ? c’est le trépas ; Que les champs libres on leur laisse Un peu, Je gage, Qu’on verra s’ils sortent de cage Beau jeu : Dessous la clef on les a mis, Comme une chose, et rare et dangereuse ; Et pour épargner ses amis, Le Ciel vous fit jurer d’estre Religieuse.

Comme vos yeux alloient tout embraser, Il fut conclu par vôtre parentage, Qu’on vous feroit un Couvent épouser ; Deux ans aprés se fit le mariage ; De s’y trouver vôtre bonté fut sage ; Sans point de faute Hymen en fit autant ; Mot ne sonnoit, et quant à moy je gage Que de l’affaire il n’estoit pas content.

Ce mesme jour pour le certain Amour se fit Benedictin ; Et sans trop faire la mutine Venus se fit Benedictine ; Les Ris ne bougeans d’avec vous Benedictins se firent tous, Et les Graces qui vous suivirent Benedictines se rendirent : Tous les Dieux qu’en Cypre on connoît, Prirent l’habit de saint Benoît.

Vous vêtir d’or, ce seroit grand dommage ; Puisqu’en habits sans coûts, et sans façon De triompher vôtre beauté fait rage, Si qu’à la Cour elle en feroit leçon : Pardonnez-moy si j’ay quelque soupçon, Que cet habit dont vous estes vêtuë, En vous voilant soit receleur d’appas ; N’en est-il point dont il puisse à ma veuë Se confier ? je ne le dirois pas.