Versos French Jean de La Fontaine Ode anacréontique

French poem

Ode anacréontique

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Puis-je ramentevoir l’accident, plein d’ennui, Dont le bruit en nos cœurs mit tant d’inquiétudes ? Aurai-je bonne grace à blâmer aujourd’hui Carrosses en relais, chirurgiens un peu rudes ?

Falloit-il que votre œuvre imparfait fût laissé ? Ne le deviez-vous pas rapporter de Toulouse ? À quoi songeoit l’amour qui l’avoit commencé, Et sont-ce là des traits de véritable épouse ?

Ne quittant qu’avec peine un mari, par trop cher, Et le voyant partir pour un si long voyage, Vous le voulûtes suivre, il ne put l’empêcher ; De vos chastes amours vous lui deûtes ce gage.

Dites-nous s’il devoit être fille ou garçon, Et si c’est d’un Amour, ou si c’est d’une Grace Que vous avez perdu l’étoffe et la façon, À quelque autre poupon laissant libre la place ?

Pour tous les fruits d’hymen qui sont sur le métier, Carrosses en relais sont méchante voiture. Votre poupon, au moins, devoit avoir quartier ; Il étoit digne, hélas ! de plus douce aventure.

Vous l’auriez achevé sans qu’il y manquât rien, De Graces et d’Amours étant bonne ouvrière. Dieu ne l’a pas voulu peut-être pour un bien, Aux dépens de nos cœurs il eût vu la lumière.

Olympe, assurément vous auriez mis au jour Quelque subject charmant, et peut-être insensible. Votre sexe ou le nôtre en seroit mort d’amour, Mais nous ne gagnons rien ; c’est un sort infaillible.

Ce miracle ébauché laisse ici frère et sœurs Chez vous mâle et femelle il en est une bande : Un seul étant perdu ne nous rend point nos cœurs ; De ceux qui sont restés la part sera plus grande.