French poem
Dans l’Esterel
by Jean Lahor (1840–1909)
C'était un clair matin d’avril : toutes les branches Bruissaient au soleil, après le long hiver ; Les Alpes dans l’azur dressaient leurs cimes blanches. J’écoutais la Sirène éternelle, la mer.
Quand j’aperçus soudain, au-dessus de ma tête, Marchant sur un talus qui bordait le chemin, Un sordide vieillard, à l’allure de bête, Sale, vil, repoussant, hideux débris humain.
Vers moi nonchalamment il tourna sa prunelle ; Son corps se profilait sombre sur le ciel bleu : Et des fils de Caïn la colère éternelle En ses yeux tout à coup passa comme du feu.
Cet homme s’éloigna, m’ayant jeté sa haine ; Et du regard longtemps je suivis soucieux Cette apparition de la misère humaine : — Ce vieillard en haillons me cachait tous les cieux !