French poem
Étoile lointaine
by Jean Lahor (1840–1909)
Astre clair qui là-haut trembles au fond des cieux, Quel est le nom, quelle est la forme de tes dieux ? Des hommes sont-ils rois de tes troupeaux de bêtes ? Lointaine étoile, as-tu tes héros, tes prophètes, As-tu tes criminels, tes monstres, tes damnés, Ou tes voyants, tes saints, tes grands hallucinés, Cherchant à consoler la détresse des êtres ? Tes vivants souffrent-ils du péché des ancêtres, Et le soir, éblouis par ta splendeur qui ment, Prolongent-ils aussi leur misère en s’aimant ? Tes amants savent-ils, penchés sur leur amante, Apaiser l’infini désir qui les tourmente ? Astre clair, cependant tu souris et tu luis ; Tu mêles ton mensonge à la douceur des nuits ; Tu scintilles, pareil aux yeux des bien-aimées, Malgré tant de douleurs en ton sein enfermées, Et bien qu’en toi, fruit d’or, fruit merveilleux du ciel, Le mal se soit glissé comme un ver éternel.