Versos French Jean Moréas Le Démoniaque

French poem

Le Démoniaque

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Ai-je sucé les sucs d’innomés magistères? Quel succube au pied bot m’a-t-il donc envoûté? Oh! ne l’être plus, oh! ne l’avoir pas été! Suc maléfique, ô magistères délétères!

Point d’holocauste offert sur les autels des Tyrs, Point d’âpres cauchemars, d’affres épileptiques! Seuls les rêves pareils aux ciels clairs des tryptiques, Seuls les désirs nimbés du halo des martyrs!

Qui me rendra jamais l’Hermine primitive, Et le Lis virginal, et la sainte Forêt Où dans le chant des luths, Viviane apparaît Versant les philtres de sa lèvre fugitive!

Hélas! hélas! au fond de l’Erèbe épaissi, J’entends râler mon cœur criblé comme une cible. --Viendra-t-on te briser, sortilège invincible?-- Hâte-toi, hâte-toi, bon Devin, car voici

Que l’Automne se met à secouer les Roses, Et que les jours rieurs s’effacent au lointain, Et qu’il va s’éteignant le suave Matin: --Et demain, c’est trop tard pour les Métamorphoses!

Les bras qui se nouent en caresses pâmées, Le cordial bu du baiser animal, Les cheveux qu’on tord, les haleines humées, Des nerfs énervés apaisent-ils le mal?

O nos visions les toujours affamées! O les vœux sonnant ainsi qu’un faux métal! En nos âmes, inéluctables Némées, Qui viendra terrasser le monstre fatal?

Et puisqu’il faut que toutes coupes soient brèves, Puisqu’il faut en vain sur d’impossibles grèves Chercher le népenthès et le lotus d’or;

Ne vaudrait-il mieux le Désir qu’on triture: Ne vaudrait-il mieux te voler ta pâture, Dégoût carnassier, ô funèbre condor!