French poem
X
by Jean Moréas
Ce jour-là, les flots bleus susurreront plus bleus, Le long des côtes blanches, Et du soleil frileux, les rayons plus frileux Se joueront dans les branches.
Malgré le rude hiver, les fleurs de l’églantier Souriront grand’ouvertes, Et l’on verra changer les cailloux du sentier En émeraudes vertes.
Les loups pour les agneaux auront des soins exquis, Et sous l’œil bon des aigles, Les grands vautours feront la cour, en fins marquis, Aux colombes espiègles.
Les Dames, aux propos galants des séducteurs, Ne seront pas rebelles, Et les Almavivas, malgré les vieux tuteurs, Enlèveront leurs belles.
Car ce jour-là, jour saint, vaillamment attendu, Dans tes chastes prunelles, Mes yeux retrouveront le paradis perdu Des amours éternelles.
Car ce jour-là, les cœurs, par le bonheur brisés, Mes lèvres dans les tiennes, Nous nous rappellerons en de nouveaux baisers Nos caresses anciennes.