Versos French Jean Polonius Le Luth abandonné

French poem

Le Luth abandonné

by (1800–1855)

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Enfant mélodieux de la belle Italie, Que fais-tu dans ces bois ? Ne te souvient-il plus de la douce magie De tes sons d'autrefois ?

Qu'as-tu fait des accords dont tu charmais naguère Les pâtres de l'Arno, Ou que tu mariais à la danse légère Des vierges du Lido ?

Réveille-toi, beau luth ! entends du pin sauvage Frissonner les rameaux, Et l'écureuil folâtre agiter le feuillage De ces jeunes ormeaux.

Entends l'insecte ailé frémir dans la verdure, Et le ramier gémir, Et, toutes de concert, les voix de la nature Se confondre et s'unir.

Seul, tu restes sans voix ; et le vent qui s'exhale De la cime des ifs, A peine de ton sein tire par intervalle Quelques sons fugitifs.

Le lierre chaque jour t'enlace de verdure, Et ses nœuds étouffants Par degrés chaque jour éteignent le murmure De tes derniers accents.

Ah ! si la main de l'art, si les doigts d'une femme Ranimaient tes concerts, Avant que pour jamais les restes de ton âme S'envolent dans les airs ;

On entendrait encore une douce harmonie S'échapper de ton sein, Et l'oiseau de ces bois , contre ta mélodie , Ne lutterait qu'en vain.

Mais tu meurs solitaire, et tes sons dans l'espace Bientôt seront perdus : Au toucher caressant de la brise qui passe Tu ne répondras plus !...

Pauvre luth ! comme toi, du fond de ma retraite J'implore chaque jour Une main qui réveille en mon âme muette La corde de l'amour.

Oh ! comme au seul toucher de cette main chérie Tous mes sens frémiraient. Quels sublimes accords, quels fleuves d'harmonie De mon cœur jailliraient !

Il est, il est en moi des pensers que j'ignore, Et qui, jusqu'à ce jour, Endormis et caches, n'attendent pour éclore Qu'un souffle de l'Amour.

Mais, pareils à l'enfant que le trépas réclame Encore en son berceau , Dans leur germe étouffés, ils meurent... et mon âme Est son propre tombeau.

Hélas ! dans la tristesse et la monotonie J'unis les jours aux jours ; Et les jours, et les mois, et les ans, et la vie, S'écoulent pour toujours.

Au bout de l'horizon je porte en vain la vue, Je pousse en vain le temps ; Nul signe à l'horizon n'annonce la venue De celle que j'attends !

Etre selon mon cœur, hâte-toi, l'heure presse ; Viens, si tu dois venir. Hâte-toi ; chaque jour enlève à ma jeunesse Ce qu'elle a d'avenir.

Si tu tardes encore, ma dernière espérance Aura fui sans retour ; J'aurai vu dans mon cœur se briser en silence La corde de l'Amour.

Alors, alors en vain tu tâcheras encore D'en tirer un soupir ; Il ne répondra pas, et celui qui t'implore N'aura plus qu'à mourir !...