Versos French Jean Polonius Le Baiser

French poem

Le Baiser

by (1800–1855)

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J’ai senti nos lèvres s’unir, De tes bras j’ai senti l’étreinte, Et tu m’abordes sans rougir ! Et tu me parles sans contrainte ! Hélas ! au calme de tes traits, À l’innocence de ton aine, Je le vois trop : tu l’ignorais, Le prix de ce baiser de flamme.

Tu l’as donné sans y songer, Comme un jeu que permet le monde, Comme en riant l’enfant léger Jette une fleur au sein de l’onde. La fleur tombe, et sans reposer L’onde l’emporte dans sa fuite : Plût à Dieu que de ton baiser La mémoire eût passé si vite !

Il a marqué d’un sceau brûlant La place ou s’imprima ta bouche ; Il erre, il court dans tout mon sang ; Il me consume sur ma couche. En songe, il jette dans mon cœur Mille espérances vagabondes ; D’amour, d’extase, de bonheur, Lui seul m’a révélé des mondes.

Espoir divin, bonheur trop cher, Dont l’impuissance me dévore, Ne serez-vous qu’un pâle éclair, Qui naît, qui brille, et s’évapore ? Ah ! reprends ton baiser cruel, Ou couvre-le d’autres sans nombre ! Ne m’as-tu fait rêver le ciel Que pour me replonger dans l’ombre ?