Versos French Jean Polonius La Colombe égarée

French poem

La Colombe égarée

by (1800–1855)

Listen in the reader

Quel vent t’amène aux portes de nos villes, Pauvre colombe, habitante des champs ? Loin de ton nid, loin de tes bois tranquilles, Que viens-tu faire au pays des méchants ?

Pour tes petits, industrieuse mère, Viens-tu chercher quelque grain dans nos murs ? Hélas ! ces murs n’ont qu’aride poussière, Ruisseaux fangeux, pierres, débris impurs.

Rentre au désert : là sont tes verts ombrages ; Là, tout, sans peine, à tes vœux peut s’offrir ; Fruits savoureux, épis, graines sauvages, L’eau du torrent, le soleil, le zéphyr…..

Rentre au désert, aimable vagabonde ! Ne vois-tu pas comme l’enfant pervers, L’œil aux aguets, va préparant sa fronde, Et de ses cris te poursuit dans les airs ?

Fuis ! sous nos toits habite l’esclavage ! Mieux vaut braver la serre du trépas. L’homme se fait un plaisir de sa rage, L’aigle dévore, et ne tourmente pas.

Oh ! si j’avais tes deux ailes légères, Loin des cités, dont l’air pèse sur moi, Je m’enfuirais dans tes bois solitaires, Mais sans vouloir les quitter comme toi !