French poem
Banco
by Jean Richepin (1849–1926)
Et si Pascal avait raison ? Si le problème Se résumait dans un pari toujours ouvert ? Allons, asseyons-nous, pour voir, au tapis vert. Diable ! Je sens mes doigts tremblants et mon front blême.
C’est qu’il ne s’agit pas de rire ! Le dilemme Est grave. Car le gain dont l’espoir m’est offert, C’est l’éternité ; mais je joue à découvert Mon ici-bas. Ce n’est qu’un sou. Soit ! Mais je l’aime.
Un tas de milliards, monstre, au chiffre inconnu, Voilà ce qu’on promet. Mais nul n’est revenu Nie dire si l’on gagne et si le banquier paye.
A-t-on vu quelque part un gagnant ? Pas d’écho. Tout le monde s’en va dégarni de monnaie. N’importe ! Asseyons-nous au tapis vert… Banco !