Versos French Jean Richepin Maudissons Bourget

French poem

Maudissons Bourget

by (1849–1926)

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Malgré le chocolat trop raffiné du Carme, J’ai fait un déjeuner très faible chez Bourget. Il n’avait pas de vin ! Et, plein d’un sourd vacarme, Comme mon estomac, noyé d’eau, s’insurgeait,

Je me suis rappelé, du profond de mon jeûne, Un quatrain de Kheyam, le poète persan. Ce vieux sage a chanté le vin fumeux et jeune. Ses vers sonnaient en moi comme un clairon perçant.

Ils disent : — Vin joyeux, vin couleur d’amarante, Si les grands monts buvaient ton sang trempé de miel Ils auraient sous leur neige une tête odorante, Et ces bons vieillards soûls bondiraient dans le ciel. —

Et j’ai pensé : les monts seraient bien plus sublimes S’ils nous offraient soudain cet énorme tableau. Et j’ai maudit Bourget, pauvre faiseur de rimes Qui, me prenant pour un sommet, m’abreuvait d’eau.