French poem
16 (Sortons : voici le jour…)
by Joseph Autran (1813–1877)
Sortons : voici le jour ; l’aube perce la nue. Les cimes, les plateaux, les bois, la roche nue, Tout revêt ses couleurs, tout s’éclaire à son feu. La rivière au flot clair brille sous la feuillée. Des ombres de la nuit la terre dépouillée Murmure en s’éveillant : « Je crois en vous, mon Dieu ! »
La fleur, dans le ravin qu’une ombre voile encore, Attend l’heure du jour qui doit la faire éclore. L’oiseau cherche le grain laissé par le glaneur ; La plante, pour sa soif, demande une onde fraîche ; Le taureau, le cheval, des herbes pour la crèche : Toute cette nature espère en vous, Seigneur !
Du penchant des coteaux, de la plaine fumante Une tiède vapeur monte ; le sol fermente, Il frémit sous le pied d’un tressaillement sourd. Mon âme jette aussi vers vous son étincelle ; Ô Dieu, père de tout, tendresse universelle, Le monde entier reçoit et vous rend votre amour !
Oui, tout, l’oiseau qui chante et le vent qui soupire, Tout vous aime, Seigneur, et tend à vous le dire. Une voix monte à vous du brin du sénevé ; Pour mieux vous adorer, il cherche un mot suprême, Et ce mot, dans mon cœur, je le cherche moi-même, Et je ne veux mourir qu’après l’avoir trouvé !
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