French poem
50 (Douze oiseaux se sont pris…)
by Joseph Autran (1813–1877)
Douze oiseaux se sont pris ! douze, un rôti complet ! Les voilà suspendus à ton mince filet ; Leur aile aux mailles s’embarrasse. Réjouis-toi, chasseur ; le coup n’est pas commun. De ces captifs, pourtant, chasseur, il en est un Dont j’implore à genoux la grâce !
Si tu n’as pas le flanc doublé d’un triple acier, Si tu n’as pas le cœur d’un Sarmate grossier, En toi si quelque pitié vibre, Lâche ton prisonnier, qu’il reprenne l’essor : Aux sources, aux taillis, aux cieu qu’il aille encor, Qu’il aille encor, joyeux et libre !
Criant d’une aigre voix, modestement vêtu, Ce chétif prisonnier, chasseur, le connais-tu ? Sais-tu le nom dont il se nomme ? C’est l’artiste sacré des belles nuits d’amour ; C’est le plus doux chanteur connu jusqu’à ce jour Entre tous ceux qu’applaudit l’homme !
Variables destins ! — sitôt que meurt l’été, De son sublime chant l’oiseau déshérité Perd avec lui gloires et fêtes. Sous la bise qui souffle il erre à demi mort. Hélas ! dans leur automne, est-ce donc là le sort Que Dieu fait à tous ses poëtes ?
En souvenir des chants cette année entendus, Et dans l’espoir de ceux qui nous seront rendus, Chasseur, ouvre la main, qu’il vive ! — N’en déplaise à Toinon qui me le rôtirait, Disant qu’un rossignol, chez un homme distrait, Passe au besoin pour une grive.
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