French poem
J’ai donc mal entendu
by Jules Verne (1828–1905)
J’ai donc mal entendu, car j’ai l’oreille dure, Quoi vous me demander de réciter des vers ! Je n’aurais pas fini ma tâche ; je vous jure Quand j’en remplirais l’univers.
Mais, mondieu, les salons retentissent encore De compliments flatteurs faits en grand appareil Tout rit aux mariés, et la nouvelle aurore a du sourire à leur réveil.
Restons silencieux, laissons à la nature Le soin de célébrer leur joie et leur bonheur ; Ses chants seront plus vrais, sa voix sera plus pure, Elle séduira mieux le cœur.
Que dirais-je en effet ? Leurs vertus sont si belles, Qu’en vain je tacherais de vous les esquisser ; Les vers les plus charmants paliraient auprès d’elles ; Je ne dois pas même essayer.
Ils forment en eux d’eux une si noble idylle, Il est tant d’harmonie en leur charmant rapport, Que si je prends ma lyre, hélas ! peine inutile, Je ne puis la mettre d’accord.
Oui, pour les célébrer, métaphore hardie Resterait inférieure à la réalité ; On verrait se traîner, même la poésie Au dessous de la vérité.
Le plus fécond auteur en tentant cet ouvrage Épuiserait sa vie et sa verve, et ses chants ; C’est que ses bornes sont plus lointaines que l’âge, Et sont plus longues que le temps.
Par nos chants importuns et leur vaine abondance Gardons de les troubler ; et puis de jour en jour, Vous verrez qu’au bonheur, il suffit du silence, Du recueillement à l’amour.