French poem
J’aime ces doux oiseaux
by Jules Verne (1828–1905)
J’aime ces doux oiseaux, qui promènent dans l’air Leur vie et leur amour, et plus prompts que l’éclair, Qui s’envolent ensemble ! J’aime la fleur des champs, que l’on cueille au matin, Et que le soir, au bal, on pose sur son sein Qui d’enivrement tremble !
J’aime les tourbillons des danses, des plaisirs, Les fêtes, la toilette, et les tendres désirs Qui s’éveillent dans l’âme ! J’aime l’ange gardien qui dirige mes pas, Qui me presse la main, et me donne tout bas Pour les maux un dictame !
J’aime du triste saule, au soir muet du jour, La tête chaude encor, pleine d’ombre et d’amour, Qui se penche et qui pense ! J’aime la main de Dieu, laissant sur notre cœur Tomber en souriant cette amoureuse fleur Qu’on nomme l’espérance !
J’aime le doux orchestre, en larmes, gémissant Qui verse sur mon âme un langoureux accent, Une triste harmonie ! J’aime seule écouter le langage des cieux Qui parlent à la terre, et l’emplissent de feux De soleil et de vie
J’aime aux bords de la mer, regardant le ciel bleu, Qui renferme en son sein la puissance de Dieu, M’asseoir toute pensive ! J’aime à suivre parfois en des rêves dorés Mon âme qui va perdre en des flots azurés Sa pensée inactive !
J’aime l’effort secret du cœur, qui doucement S’agite, la pensée au doux tressaillement, Que l’on sent en soi-même ! Mieux que l’arbre, l’oiseau, la fleur qui plaît aux yeux, Le saule tout en pleurs, l’espérance des Cieux… J’aime celui qui m'aime.