French poem
Pour Le Nouvel An
by Laurent Tailhade (1854–1919)
La belle dame de Paris Trottine par le brouillard gris Du matin, à pas de souris.
Son manchon de loutre ou d'hermine Sur son nez rose, elle chemine D'une façon leste et gamine.
Le trottoir est un lac gelé Où son talon ensorcelé Semble un papillon sur le blé.
Point d'atours ni de fanfreluches; Mais, pour braver les coqueluches, La gamme sombre des peluches.
La voilette rouge, sur ses Cheveux d'avoine mal lissés, Met des tons de pourpre foncés.
Les Clymènes et les Zerlines Sur les potiches zinzolines, Du même air croquent des pralines.
La printanière blondeur De sa gorgerette a l'odeur Amène de l'Iris-powder.
Et son fin museau de belette Rit à souhait pour la palette De Fragonard ou de Willette.
Depuis le Gymnase, où renaît Chaque soir monsieur George Ohnet, Jusqu'à Peters, on la connaît.
Les hommes graves, par centaines, Gantent leurs plus belles mitaines Pour escorter ses pretantaines.
Et, surgissant on ne sait d'où, Ce vieux coureur de guilledou, Le Soleil, vient baiser son cou.
Or, cette dame qui s'avance Est celle qui, pour redevance, Nous apporte deuil ou chevance.
Au gui l'an neuf! Le houx en fleur De Christmas à la Chandeleur S'épanouit, ensorceleur.
Les rois des terres levantines Aux Porcherons chantent matines Et subornent les Valentines.
La bûche flambe. Au gui l'an neuf! Tel un oisillon de son oeuf, L'heure s'échappe. Trois! six! neuf!
Douze! Et la flamme ranimée A travers la rose fumée, Exhale une âme parfumée.
L'Espérance donne du cor Et, sur l'acier qui vibre encor, Fait tinter son cothurne d'or.
O madame la jeune année, Par vous me soit encor donnée Une fleur de ma fleur fanée.
Pour avoir repos et soulas, Faites germer en mon coeur las Le regain des premiers lilas.