French poem
Mon âne
by Léon Cladel (1834–1892)
Il avait sur l’échine une croix pour blason ! Poussif, galeux, arqué, chauve et la dent pourrie, Squelette, on le traînait, hélas ! à la voirie. Je l’achetai cent sous ; il loge en ma maison.
Sa langue avec amour épile ma prairie Et son œil réfléchit les arbres, le gazon, La broussaille et les feux sanglants de l’horizon ; Sa croupe maintenant n’est plus endolorie.
À mon approche, il a des rires d’ouragans, Il chante, il danse, il dit des mots extravagants Et me tend ses naseaux imprégnés de lavande.
Mon âne, sois tranquille, erre et dors, mange et bois, Et vis joyeux parmi mes prés, parmi mes bois ; Va, je te comblerai d’honneurs et de provende !