French poem
11 (Ô Muse ! dont la tempe…)
by Léon Deubel (1879–1913)
Ô Muse ! dont la tempe est ceinte d’un laurier, Quand la tristesse incline à mon front ses mélèzes, Si ta flamme s’allume aux plus hautes falaises Jusqu’où monte en boitant mon orgueil foudroyé ;
Si debout sur l’amas des grands siècles broyés, Jumelle de l’Été qui croule en rouges braises Ta farouche splendeur me pénètre et m’apaise, Et présage l’étoile au front des Envoyés ;
Ne crains-tu pas celui que le mal désenchante, Aveugle à ce qui brille et sourd à ce qui chante Dont la vie est semblable à quelque morne grève
Et qui, dans le jour vaste et multiple qui luit, Trahi par la chimère en fuite de son rêve Sanglote vers l’étroite unité de la nuit ?