French poem
Les Trésoriers
by Léon Dierx (1838–1912)
Un frémissement fier passe à travers les bois !
Sous la tiède clarté de la nuit pacifique Le vieux peuple debout, dont les chênes sont rois, Enfle son âme au vent de leur âme stoïque.
Et le siècle, le jour, l’heure, l’instant, le mois, Unissent tout à coup dans un arome unique Mille aromes au loin répandus à la fois.
Le peuple fraternel aux lointaines lisières Vibre ému tout entier de la beauté des lois Qui scellèrent ses pieds aux plaines nourricières.
— Les timides soupirs, les féroces abois, Tous les instincts errants, toutes les fourmilières, Ancêtres ! ils sont nés sous votre ombre autrefois !
Tout ce qui rampe ou court, tout ce qui saigne ou tue A vos pieds dormira, cendre inerte et sans voix, Pour que la séve en vous monte et vous perpétue.
Vous absorbez sans fin par vos canaux étroits Tous les rêves épars de la vie éperdue ; Et vous en secouez la nuit l’immense poids ;
Et les rêves encor tombent de vous, ô bois !