French poem
Matin
by Léon Dierx (1838–1912)
Sous un souffle qu’emplit l’aube des premiers temps S’évapore la terre aux verdures nouvelles ; L’arbre enivré s’incline aux bords des clairs étangs ; Et les feuilles au ciel battent comme des ailes Dans l’âme fraîche du printemps.
Sur l’herbe où la rosée a trempé leurs pieds roses Les Nymphes ont conduit les danses d’autrefois ; Et Pan qui rit au loin, les paupières mi-closes, Écoute en s’éveillant chanter de douces voix Dans l’air fait du parfum des choses.
Dans l’innocente paix d’un matin enchanté La nature se vêt de grâce et d’harmonie ; Tout reprend la candeur de sa virginité ; Et dans un souvenir d’existence bénie Tout baigne et lustre sa beauté.
L’homme passe, oublieux des misères humaines, En ce monde oublieux des mortelles saisons ; Et vers les dieux amis purs encor de ses peines Son cœur léger, qui flotte en vagues floraisons, S’en va sur les brises lointaines !