French poem
Sérénade
by Léon Dierx (1838–1912)
La coupe où sans regret tu versas l’affreux vin Reste la coupe d’or d’un échanson divin !
La nuit qui scintillait quand nous nous séparâmes Reste l’ombre étoilée où montaient nos deux âmes !
La fleur qui mourra loin de tes profonds cheveux Reste l’œillet béni qui servait les aveux !
Le vent qui passe et prend le baiser qu’on oublie Reste le messager du serment qui nous lie !
L’oiseau mélodieux que tu n’écoutes plus Reste le rossignol des jours où je te plus !
L’heure qui vainement sonne dans ma détresse Reste l’heure sacrée où venait la maîtresse !
Le parfum voyageur dont ton sein m’a sevré Reste l’errant désir que partout je suivrai !
Le socle où je dressais ta statue infidèle Reste le piédestal d’une image immortelle !
La chanson qui s’éteint tristement dans les soirs Reste l’écho riant de mes anciens espoirs !
Et l’univers morose où j’ai perdu ta gloire Reste le paradis auquel tu m’as fait croire !