French poem
L’Hôte importun
by Léon Valade (1841–1884)
Qui donc frappe à cette heure ? — Un voyageur si las Qu’il ne pourrait pas faire un pas de plus. — Hélas ! Entre, j’ai vu l’appel que ton bras faible agite ; Et dis ce qu’il te faut, tu l’auras. — Rien qu’un gîte, Rien qu’un lit. — Mais d’abord qu’un feu clair & vermeil Te ranime ; tu dois avoir froid ? — J’ai sommeil, Je veux un lit. — Le lit t’est promis & la table Va se dresser pour toi : viens. — Zèle insupportable ! Je n’ai ni froid, ni faim, ni soif : je veux dormir. — D’un frisson douloureux j’ai vu ton corps frémir. Quel dur chemin fis-tu ? pourquoi ces fers d’esclave ? O pauvres pieds meurtris ! souffrez que l’on vous lave Et qu’une eau pure… — Trêve à ta vaine pitié Qui ravive les maux assoupis à moitié ; Montre-moi le plus vil grabat, que je m’y couche, Et ne tarde pas plus, hôte ! — Quel ton farouche, Et combien d’amertume en ce peu que tu dis ! L’abîme fut profond, certe, où tu descendis ; Mais nul gouffre si noir qu’on n’en remonte. Espère ; L’excès de ton malheur touche au destin prospère ; Cœur las d’aimer ! ici t’attendent les meilleurs Des biens que tu rêvas si vainement ailleurs. C’est l’Aube… — O tentateur, assez de mots perfides ! Mon vœu, ne l’as-tu pas lu dans mes yeux avides, Avides de nuit noire & de somme infini ? Ne parle pas d’amour, ni d’espérance, ni De bonheur : à jamais durci comme les pierres, Mon cœur lâche a cessé de battre, & mes paupières Succombent sous un poids invinciblement lourd… Mon lit, je veux mon lit ! un lit profond & sourd.