French poem
Kronos
by Louis Bouilhet (1821–1869)
Kronos, roi du passé, père des jours à naître, Seul des olympiens sur son trône est resté ; L’impitoyable faux au tranchant redouté Tremble éternellement dans les mains du vieux maître :
Sa barbe, que le feu des étoiles pénètre, Sous ses flocons d’argent couvre l’immensité ; Il jette aux dieux nouveaux un regard de côté, Et se détourne d’eux, sans les vouloir connaître.
À quoi bon ? Rien n’est sûr, d’autres viendront encor… N’a-t-il pas vu ses fils brisant leurs sceptres d’or, Et l’Olympe encombré du débris de leurs armes ? Sur terre et dans les cieux, sachant que tout est vain, Il pleure, épouvanté de ce néant divin ― Et la profonde mer n’est qu’une de ses larmes !